Finistère : sur le GR 34, chemin des douaniers

le 18/06/2018

Le GR 34, sentier côtier de randonnée préféré des Français, fête ses 50 ans. Il offre des paysages iodés uniques, grandioses et variés qu’il faut prendre le temps d’apprécier. A vos bâtons ! Découverte…



Par Emmanuel Gabey

Plus long que le chemin de Compostelle, le chemin de grande randonnée 34, ou GR 34 qui ourle l’ensemble des côtes bretonnes, entre ajoncs et bruyères, sur plus de 1800 km depuis la baie du Mont-Saint-Michel dans la Manche, jusqu’à la Roche-Bernard, dans le Morbihan, aux confins de la Bretagne et des pays de Loire, a été proclamé en novembre dernier, cinquante ans après sa création, GR préféré des Français ! « En théorie, on peut le parcourir en totalité en 73 jours de marche ! », sourit Claire, notre guide.

Balisé de rectangles rouge et blanc, le GR 34, aussi célèbre chez les randonneurs que le non moins mythique GR 20 qui traverse la Corse, est aussi appelé « « chemin des douaniers ». Et son histoire remonte loin dans le temps, à la fin du XVIIème siècle, à l’époque où la taxe sur les marchandises mise en place par Colbert, encourageait les vocations de contrebandiers…

Un sentier chargé d’histoire…


Un siècle plus tard, en 1789, la France est à l’heure de la Révolution. Profitant de la situation, les Anglais font transiter leurs marchandises, tabac, alcool mais aussi tissus, étoffes … par les iles anglo-normandes et les écoulent sur le continent. Des taxes sont prélevées sur les marchandises qui passent la frontière, dans le but de limiter le plus possible l’entrée des produits étrangers, permettant ainsi à la France d’exporter plus et d’importer moins. Mais ces taxes sont si élevées que la contrebande se développe rapidement. Deux ans plus tard, pour contrer ces commerces illégaux et les débarquements frauduleux, l’Etat met pour la première fois en place un système de surveillance.

Pour empêcher la contrebande, les douaniers ont ainsi accès à une zone de 60 km de large qui part du littoral jusque dans les terres. Des « gabions », petits abris en pierre sèche, sont installés sur la côte. Ils permettent aux douaniers - alors appelés « gabelous » car ils avaient en charge de faire appliquer l’impôt sur le sel, la gabelle - de faire une halte entre deux rondes. Ainsi, jour et nuit, par tous les temps, ils surveillent les côtes pour arrêter notamment les faux sauniers, ces contrebandiers qui faisaient transiter le sel sans s’acquitter des taxes. Mais aussi veiller à ce que les Bretons ne s’approprient pas et ne pillent pas les épaves échouées sur la côte qui sont, à l’époque, propriété de l’Etat.


Au fil des décennies, au siècle dernier, avec le développement des nouvelles techniques de transport des marchandises, les sentiers de douaniers tombent peu à peu en désuétude et progressivement la nature reprend ses droits. Il y a tout juste un demi-siècle, à partir de 1968, grâce au travail de bénévoles du comité national des sentiers de grande randonnée, le GR 34 va progressivement prendre vie, longeant finalement l’ensemble des côtes bretonnes.

Quelques traces de fondation de ces gabions existent encore. Mais l’on aperçoit aussi, ici et là, au fil des chemins, des maisons de douaniers, des tours de guet ou des corps de garde, dont certains ont été très bien restaurés.

Incontournable Crozon…


Crozon ! Tous les fans de musiques métissées connaissent ce nom car c’est là que se déroule durant trois jours chaque premier week-end d’août le Festival du Bout du Monde, en plein cœur du parc naturel d’Armorique. Avec cette année, Grand corps Malade, Gaël Faye, Camille, Motivés !, Stephan Eicher et bien d’autres.

Dans la presqu’ile de Crozon, entre la rade de Brest et la baie de Douarnenez, le sentier des douaniers court sur les falaises abruptes, certaines recouvertes de végétation, parsemées de gros rochers ventrus. On y admire le « château » de Dinan, imposante masse rocheuse et la pointe de Pen Hir et ses six petits pois, rochers sagement installés à la queue leu leu. Et, au loin, s’élance une croix de Lorraine en granit.

A Loctudy, non loin du cap Cizin et des pointes du Raz et du Van où le sentier côtier est assez étroit mais bien marqué, on peut observer en retrait de la corniche Pich Poud, un petit bâtiment dont la toiture, comme dans tous ceux où étaient installés les douaniers, est composée de pierres plates sur laquelle se relayaient les douaniers chargés de faire le guet et de transmettre des signaux à l’aide de fanions de couleur.



Autres curiosités au fil du sentier, les ports-abris qui permettent aux petits bateaux de se mettre hors d’atteinte de vagues, parfois gigantesques ! Ou encore la maison de Félix, un habitant de Kermaden qui « recherchait le calme et la sérénité, mettant ainsi un peu de distance avec son épouse dont le caractère semblait difficile (sic)» est-il inscrit sur un mur…Remise en état en 2014, à l’abri de quelques arbres torturés par le vent qui souffle fort, elle est aujourd’hui un lieu de halte et d’information sur la faune et la flore de la Pointe du Raz. Et, non loin, se dresse le menhir sculpté, qui rend hommage au réseau Dahlia et aux 32 résistants, dont Pierre Brossolette, qui échouèrent ici en 1944 avant de reprendre la résistance.

En pays bigouden, il faut aussi saluer le poste de garde au toit de pierres plates et en escalier attribué aux douaniers en 1817, aujourd’hui bureau du port. Et vers Cabello, autre découverte, une tour de gué parfaitement rénovée.

Escapade au Guilvinec et à Concarneau…


Entre deux randonnées sur le GR 34, petite halte au Guilvinec, incontournable premier port de pêche artisanale. Ici, tout tourne autour de la pêche et de ses métiers : marins, bien sûr, mareyeurs, vendeurs à la criée mais aussi charpentiers de chantiers navals, fabricants de filets... Avant l’arrivée des bateaux sur le quai, il faut bien une heure pour visiter l’Haliotika, la cité de la pêche, centre de découverte pédagogique et ludique sur l’univers de la pêche marine qui se tient sur deux étages et 800 m2. D’hier à aujourd’hui, la vie des marins a beaucoup changé. L’exposition, raconte avec force objets du quotidien, panneaux explicatifs, bornes interactives, bulles de BD. Bref, toute la scénographie moderne pour découvrir cet univers encore très masculin, rude et fier.

Dans cette plongée dans le Finistère, une petite halte s’impose aussi à Concarneau (« abri de Cornouaille », en breton) et sa célèbre et un peu mystérieuse ville close, témoignage de son passé militaire. C’est d’ailleurs au cœur de cette ville que le héros de Simenon, le commissaire Maigret, a eu à résoudre deux énigmes, celle du « Chien jaune » et celle de « La demoiselles de Concarneau ». A la librairie-papeterie, à côté de l’hôtel Amiral où se déroule la première enquête, les stocks de ces deux livres sont toujours imposants.

Quant à cette ville close enserrée dans ses remparts dentelés, symbole de la ville, elle est tout simplement magnifique. Bâtie sur une ile de 350 m sur 100 m, au milieu du port, et reliée par un pont de pierre au quai principal, c’est le berceau historique de la ville. Dans les ruelles étroites et pavées, de belles demeures anciennes valent le coup d’œil. Très peu habitée aujourd’hui car les maisons sont très étroites pour la vie moderne, la ville close est le domaine des restaurants où le fameux et délicieux kouign amann est plébiscité, des cafés, des bars et des boutiques souvenirs.

Pont Aven, entre galettes et tableaux…


Et pour finir ce périple breton, après avoir suivi encore un bout du GR 34 qui longe la rivière Aven, direction Pont Aven dont les fameuses galettes au beurre sont mondialement connues. Ce beau village très bien entretenu, plein de charme et de recoins, est un rendez-vous cosmopolite de touristes venus du monde entier. On y parle toutes les langues et chacun repartira avec sa boite en fer blanc remplie de galettes. Bien sûr, on surfe sur la notoriété de Gauguin qui posa un temps son chevalet dans le village. Mais il n’y peignit que deux toiles. Et s’il n’y a pas de musée Gauguin à Pont Aven, on peut visiter le musée des Beaux-arts et une soixantaine de lieux privés d’exposition et d’ateliers-galeries de peintres qui vivent ici à l’année.

Du sentier des douaniers de la pointe du Raz à Gauguin, c’est un périple un peu hors du temps dont on ne se lasse pas. Kenavo* * « A bientôt », en breton.

Pratique


Pour célébrer les 50 ans du GR34, l’association Sensation Bretagne propose des visites guidées à Dinard, des treks à Saint-Cast-le Guildo, des randos Zen à Perros-Guirec, des randos sauvages à Carantec, des balades côtières à Plouguerneau, éco-balade et biodiversité à Plouescat, balades nocturnes à Plougonvelin, ou encore une rando patrimoniale à Carnac. Renseignements : www.sensation-bretagne.com.

La Maison de la Pointe du Raz. Elle est incontournable pour comprendre ce lieu d’exception. Film et scénographie donnent de nombreuses clés sur la faune et la flore. Informations :  www.pointeduraz.com -tél. 02 98 70 67 18. Se renseigner sur les heures et jours d’ouverture.

Haliotika, la cité de la mer, outre les expositions et les visites de la criée propose la visite du port, la rencontre avec un marin-pêcheur, un atelier cuisine des algues et des journées découvertes. Site web : www.haliotika.com,

Concarneau. On y organise chaque année à la mi-juillet un festival du polar, baptisé, bien sûr, Le Chien Jaune. Site web : www.lechien jaune.fr

Pour la rando sur le GR 34, se reporter aux topoguides de la fédération française de randonnées qui couvre l’ensemble du sentier. Site web : www.ffrandonnée.fr

Et pour la musique : www.festivalduboutdumonde.com

Guides : L’excellent Géoguide coup de coeur Bretagne Sud de Gallimard ne quittera pas votre poche (540 pages, 14,50 euros) et aussi le Guide Bleu, (Hachette éditeur) 448 pages, 21,90 euros.

Pour en savoir plus :


Consulter les sites web : www.finisteretourisme.com et www. finistere-rando.com.

(Photos : E.Gabey).

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