Vienne, côté fleuve, côté route

le 22/09/2016

La cité iséroise se démarque de Lyon en défrichant de nouvelles pistes pour attirer les visiteurs : oeno-randos, tourisme fluvial ou « revival » de la Nationale 7. Découverte…



Par Jean-François Rouge



Depuis trente-cinq ans, la politique touristique de la ville iséroise de Vienne, dont l’urbanisme épouse une boucle du Rhône, une trentaine de kilomètres au sud de Lyon, reposait sur le tryptique : visite de ses ruines romaines (théâtre antique, temple d’Auguste…), promotion de son célèbre festival de jazz (qui se tient chaque année à la fin juin) et célébration de la gastronomie et des bons vins du secteur (côte-rôtie, condrieu, saint-joseph, restaurant deux étoiles La Pyramide, etc.).

Un autre tryptique est en train de compléter le premier. Il mise sur trois atouts activement promus par le nouveau Pavillon du tourisme, dont les bureaux futuristes accueillent depuis quelques mois, face au Rhône, tous les services liés à l’activité touristique. Ce pavillon, à lui seul, mérite d’ailleurs une visite : on y trouve rassemblées toutes les offres susceptibles d’intéresser le visiteur de passage. Ces trois propositions nouvelles tournent autour de l’oenotourisme, pédestre ou cycliste, du tourisme fluvial et du « revival » de la mythique Nationale 7 immortalisée par une chanson à succès de Charles Trenet.


Des « vignes numérisées » à parcourir en VTT ou à pied…


L’oenotourisme a le vent en poupe et nombre de régions s’y sont déjà converties. Mais l’approche imaginée sur les hauteurs de Vienne comporte quelques améliorations qui méritent d’être signalées. Plusieurs circuits vont être lancés (et dûment balisés) le 5 novembre prochain, à l’occasion des « pressailles » organisées à Seyssuel, commune limitrophe de Vienne qui surplombe joliment le grand fleuve. Ces nouveaux circuits, à parcourir à pied ou en VTT, comportent une attraction à destination des familles : un GPS fixé sur le guidon du vélo ou à utiliser sur un smartphone alerte le randonneur dès qu’il s’approche de certains sites préalablement géolocalisés – monument remarquable, point de vue spectaculaire, technique de viticulture originale, etc. La boucle « vélo » totalise 42 kilomètres, mais peut éventuellement être ramenée à 30 kilomètres pour les « petits pédaleurs ».

Elle part de Vienne, direction le vignoble de Seyssuel et de Chasse-sur-Rhône, puis bascule sur la rive droite du fleuve par Saint-Romain-en-Gal et Ampuis (on est alors en côte-rôtie) avant de revenir par la rive gauche. Quant à la balade pédestre, longue d’une douzaine de kilomètres et faisable en trois heures, elle se déroule pour l’essentiel sur la commune d’Ampuis. Ces deux promenades « numérisées » dans les vignes, ainsi que beaucoup d’autres, moins branchées mais tout aussi correctement balisées, sont téléchargeables gratuitement sur le site de l’office du tourisme.


« Bike tours » et « slow découverte » au menu…


Rappelons (mais tous les rando-cyclistes le savent depuis longtemps) que la célèbre ViaRhôna qui relie Genève à la Méditerranée suit le cours du fleuve par la rive droite – une variante s’offrant même le luxe de traverser la ville de Vienne sur la rive gauche. Deux fois par semaine, des « bike tours » emmenés par des guides locaux proposent aux touristes de passage des balades cyclistes dans les vignes, suivies de l’inévitable dégustation dans une cave. Enfin, de nouvelles promenades, baptisées « slow découverte », invitent le marcheur à méditer tout en découvrant les jeunes vignes récemment replantées sur les hauteurs de Seyssuel et de Chasse-sur-Rhône. L’accent est mis sur la contemplation des paysages et de la bio-viticulture. Là aussi, tous les renseignements vous seront fournis sur le site du Pavillon du tourisme.


Des quais rallongés pour les croisiéristes…


Deuxième axe du développement touristique de la ville de Vienne : le tourisme fluvial. Bien sûr, le Rhône n’est pas la mer et le tirant d’eau des impressionnants bateaux de croisières qui le parcourent (de plus en plus nombreux) est forcément réduit. D’autant qu’il faut aussi limiter la hauteur des superstructures pour pouvoir passer sous les ponts. Autre contrainte à prendre en compte : ces bateaux, qui appartiennent presque tous à des compagnies suisses, allemandes ou hollandaises, ne font qu’une escale de la journée à Vienne – leur trajet-type leurs faisant remonter (ou descendre) le Rhône de la mer jusqu’à Lyon.

L’idée est donc d’en accueillir le plus grand nombre possible et de faire visiter la ville et ses environs à leurs passagers avant qu’ils remontent à bord. Pour accroître la capacité d’accueil, les trois quais actuels (deux sur la rive droite, devant le Pavillon du tourisme, le troisième sur la rive gauche, à Sainte-Colombe) vont être allongés et rénovés. De trois à quatre bateaux actuellement (selon les configurations), la capacité pourrait passer à cinq ou six. Chaque palace flottant accueillant 120 à 180 personnes, l’office du tourisme pense pouvoir recevoir 180 000 croisiéristes par an à l’horizon 2020 (contre 45 000 aujourd’hui).

Moins de pollution grâce au « courant local »…


Toute une filière locale espère évidemment tirer parti de cette manne : fourniture de fruits et de légumes, livraison des caisses de vin commandées à l’occasion des visites de l’après-midi (qui seront livrées directement sur le bateau avant l’appareillage) et même fourniture de courant électrique, une énergie « propre » produite localement par la CNR (la Compagnie nationale du Rhône, un concurrent d’EDF). On évitera ainsi que les bateaux tirent sur leurs propres groupes électrogènes fonctionnant au gas-oil pour climatiser leurs cabines ou assurer leur fonctionnement. Une pollution sonore et olfactive en moins pour les touristes comme pour les riverains.


Pour les amoureux des bouchons d’antan…


Dernière piste suivie par l’office du tourisme, le « revival » de la célèbre Nationale 7. Jusque dans les années 70, ce ruban d’asphalte de 996 kilomètres de long amenait les automobilistes de la Porte d’Italie, à Paris, jusqu’à Menton, à la frontière italienne, en dépit de multiples bouchons et ralentissements qui conféraient un parfum d’exploit humain et technique à cette grande transhumance. Au point qu’elle s’étalait souvent sur deux jours ! Curieusement, à l’heure du TGV et de l’autoroute, certains se prennent aujourd’hui à regretter la vieille Nationale 7…

Une nostalgie qui n’a pas échappé aux spécialistes du marketing touristique. La ville de Piolenc, dans le Vaucluse, a créé un Musée de la Nationale 7 et Lapalisse, dans l’Allier, commémore chaque année un « Grand embouteillage de la Nationale 7» (l’édition 2016 aura lieu le 11 octobre). Vienne, de son côté, organise depuis deux ou trois ans des rallies à thèmes (rassemblement de vieilles Citroën, rénovation des pompes à essence et des bistrots « d’époque », etc.). Après avoir longtemps – et vainement – cherché à gagner la Côte d’Azur le plus vite possible, les automobilistes se délectent désormais de bouchons recréés artificiellement ! Vienne s’organise donc pour tenter de les retenir sur place deux ou trois jours pour leur faire découvrir ses atouts, notamment viticoles. Le mariage enfin réussi du boire et du conduire, en quelque sorte…



Pour en savoir plus :


Office de tourisme de Vienne et du pays viennois, cours Brillier CS 700, 38217 Vienne cedex. Téléphone : 04 74 53 70 10. Site web : www.vienne-tourisme.com.

Pour des renseignements spécifiques sur l’oenotourisme et les nouveaux circuits pédestres ou cyclistes autour des vignes, s’adresser à Florian Marcelin : fmarcelin@vienne-tourisme.com.).

(Photos : Jean-François Rouge et office de tourisme de Vienne et du pays viennois).

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