Memphis Tennessee : une histoire qui a le Blues

le 05/05/2015

C’est la ville du Blues, de la soul et du rock’n’roll. C’est la ville d’Elvis et des célèbres studios d’enregistrement Sun Studio et Stax. C’est aussi la ville où fut assassiné Martin Luther King. L’histoire de cette cité, c’est l’histoire du négoce du coton, des Noirs et de leur musique qui a conquis le monde. Découverte…


Sur la route de Memphis...


Il n’y a bien que le titre de la chanson d’Eddy Mitchell qui soit un clin d’œil à cette ville où la musique résonne comme un hymne à la liberté. Au point de rencontre de 3 états, le Tennessee, l’Arkansas et le Mississippi, la ville de Memphis, 650 000 habitants, vit depuis de longues décennies du commerce du coton et du bois de construction. Ce sont même les plus grands marchés des Etats-Unis. Pour la petite histoire, c’est ici qu’en 1916, Piggly Wiggly inventa le principe du super marché et qu’en 1952, a été créé le premier Holyday Inn pour les familles en quête d’hébergement à bon prix.

Du commerce du coton récolté dans le Mississippi, dont Memphis est la porte d’entrée, elle conserve une population à 63 % noire, qui vit en complète harmonie avec les autres ethnies. L’ambiance y est conviviale, jeune, décomplexée. Une ville qui s’efforce d’oublier son passé douloureux lié à la ségrégation et se tourne vers la modernité. Aujourd’hui, FedEx y a son principal terminal d’exportation et Autozone, distributeur de pièces détachées automobiles aux Etats-Unis et au Mexique y a son siège.



Dowtown, le quartier animé...


Le quartier le plus animé de Memphis, c’est le vieux quartier de Downtown, ces rues qui longent le Mississippi, le port et le départ des bateaux à aube, avec d’un côté une pyramide construite pour fêter le centenaire de l’état, un rappel à l’origine égyptienne du nom de la ville. De la rive, part la célèbre Beale Street, le temple de la musique, incontournable rendez-vous des amoureux du blues et du rock et Main Street plus chic, bordée de restaurants et de boutiques trendy, d’hôtels cossus, autrefois desservie par un trolley merveilleusement désuet, que l’on espère voir reprendre du service prochainement.

Le mythique hôtel Peabody, classé National Historic Landmark, fréquenté par tous les Présidents des Etats-Unis et de nombreuses célébrités est tout proche. C’est l’un des plus prestigieux hôtels du Sud. Les amateurs de spectacles animaliers ne manqueront pas la promenade matinale des canards vivant sur le toit et qui viennent chaque jour s’abreuver dans la fontaine du Hall à 11 H ! Ils sont au moins aussi célèbres que l’hôtel !

Ca et là, subsistent des bâtiments industriels de briques rouges, très beaux dans leur facture cubique et leur couleur. De nombreux murs peints par des artistes de rues égayent le décor urbain.

Un nouveau quartier branché émerge à Midtown, très sympathique à fréquenter le soir. Toute une jeunesse joyeuse s’y retrouve. Pas un bar, pas un club où ne se produise un orchestre, une chanteuse… Tentez le coup au Lafayette’s Music Room, vous y passerez une bonne soirée en dînant en musique. www.lafayettesmusicroom.com



Beale Street...


C’est la rue la plus animée de Memphis. Un peu trop touristique peut-être mais à l’histoire authentique. A visiter de nuit pour plus de magie. C’est ici que les premiers musiciens noirs venus des plantations de coton, se sont retrouvés, jouant dans la rue, que les premiers clubs de musique se sont ouverts. C’est une rue totalement dédiée à la musique.

Les deux King, BB King et le blues, Elvis, le King du rock s’y retrouvent, unis par la musique comme leitmotiv. Des clubs de chaque côté, dont celui de BB King et même un ancien bordel dans son réalisme glauque pur jus au 183 Beale Street, des enseignes lumineuses aguichantes, d’inévitables boutiques de souvenirs et une ambiance nocturne bon enfant. On y déambule entre deux bières dans un bar, on y savoure la douceur du vieux sud, on se soûle de sons qui dévalent des clubs. C’est la rencontre de toutes les musiques, c’est la musique qu’on aime, c’est le sud !



De Tupelo à Graceland, la vie d’Elvis...


C’est en visitant, ces deux maisons, sa maison de naissance à Tupelo et la maison de Graceland où il vécut toute sa vie, que l’on mesure le destin extraordinaire du King.

A Tupelo, petite bourgade sans grand intérêt à 2 h de Memphis, on visite la cabane de bois, où sont nés Elvis et son frère jumeaux mort à la naissance. Deux pièces exigües seulement, où il a grandi avec son père et sa mère jusqu’à l’âge de 13 ans. Visite éclair, mais qui laisse un sentiment de grand dénuement. A côté, la réplique de l’église de l’Assembly of God, où se rendait chaque dimanche cette famille très croyante. Déjà, la voix de velours de l’enfant charmait les pieuses oreilles. Evitez la projection du film mièvre retraçant la vie de la famille, c’est à faire pleurer de ridicule.

Le destin d’Elvis aurait peut-être été différent, si pour l’anniversaire de ces 11 ans, il ne s’était rendu dans la grande droguerie de la ville avec Gladys, sa mère pour y acheter une bicyclette. Elvis veut une carabine mais Gladys refuse d’acheter une arme et quand Bobo Forest, un viel employé lui présente une guitare qu’il commence à gratter, il dit à sa mère : « That all right Ma’, i take the guitar » ! Visitez le « Tupelo Hardward Co. » un merveilleux capharnaüm, le paradis du parfait bricoleur !
www.tupelo.net


Sun, Stax de fameux studios d’enregistrement...


Sam Philipps, ingénieur du son, fut le premier à enregistrer à Sun Studio les bluesmen noirs qui n’avaient pas d’autre endroit où aller et aussi le premier à enregistrer, ce qui est reconnu comme le premier rock’n’roll de l’histoire, « Rocket 88 » en 1951 avec Ike Turner au piano.

En 1954, un jeune livreur du nom d’Elvis Presley tenta sa chance et enregistra « That’s all Right », pas vraiment un succès immédiat ! A écouter expressément, ne serait-ce que pour le charme des grésillements. Le son Sun Studio est paraît-il unique. BB King, Johny Cash, Carl Perkins, Jerry Lee Lewis y ont gravé leurs premiers succès, d’autres suivirent, U2, Ringo Starr, John Fogerty, ou encore Chris Isaak. A visiter absolument pour un bon moment de nostalgie et pour le show de la jolie guide et son numéro d’Actor Studio parfait !

D’autres lieux sont incontournables, comme le fameux Stax Museum of American Soul Music où ont enregistré les légendes du blues, du gospel ou de la soul, comme Otis Reddig, Aretha Franklin, Eddie Floyd et les centaines d’autres. Un label fameux et un son unique, lui aussi !

Le Memphis Rock’n’soul Muséum raconte l’histoire de tous ceux qui par amour de la musique dépassèrent les barrières raciales et ont ouvert la voie à un nouveau genre musical qui a conquis le monde. Des ramasseurs de coton des années 1930 à l’âge d’or des studios Sun, Stax et du Label Hi Records, une histoire d’hommes et de légendes…



Graceland...


C’est la deuxième maison la plus visitée des Etats-Unis après la Maison Blanche mais n’hésitez pas, le lieu est émouvant. Un périple au sommet de la gloire du King mais aussi un temple familial. Elvis l’achète en 1957 avec les revenus de son 1er disque d’or. Il a 22 ans. Une immense et belle demeure où il rassemble toute sa famille. Même son père y vivra avec sa seconde femme, après la mort de sa mère.

On y découvre le goût d’Elvis pour l’exotisme, avec la Jungle room, une salle de billard tendue de tissus comme une tente caïdale, un salon art déco jaune et noir mais aussi le fameux hall of gold et sa prodigieuse collection de disques d’or ainsi que ses costumes qui ne cessent de s’élargir. La fin de la visite ne laisse pas indifférent…
www.elvis.com


Le Lorraine Motel et le musée des droits civiques...


Le Lorraine Motel, c’était l’établissement fréquenté par les personnalités et les artistes noirs, Aretha Franklin, Nat King Cole, Sarah Vaughan, Louis Armstrong. Rien d’extraordinaire, alors, que le Pasteur Martin Luther King choisisse d’y prononcer un discours, ce soir funeste du 4 avril 1968 où il fut assassiné d’une balle tirée par un certain James Earl Ray. Une ligne sur le sol suit la provenance du tir de l’autre côté de la rue.

Une couronne indique l’endroit où il s’est effondré. Rien d’extraordinaire non plus à ce que le musée national des droits civiques y trouve sa place. Toute l’histoire des noirs américains s’y déroule, tragique périple au cœur de l’esclave, de la ségrégation et de la lutte pour la reconnaissance des droits civiques. La mise en scène est terriblement parlante.

On vous invite à monter dans le bus où Rosa Park installée au deuxième rang refusa de bouger. On assiste au sit-in dans les bars, où les noirs qui avaient appris à résister à la violence physique, s’installaient malgré l’interdiction et étaient roués de coups. Ou encore, on participe aux marches résistantes dans les rues. On en ressort touché mais la visite s’impose. www.civilrightsmuseum.org

Memphis est la porte d’entrée vers le vieux sud, les plantations du Mississippi et plus loin de la Louisiane. Une route à suivre en quête du Blues…

Notre carnet d’adresses :


Central BBQ : juste à côté du Motel Le Lorraine, le bon endroit pour manger des ribs incomparables, le BBQ nachos pork, du porc effilé gratiné avec des chips mexicaines ou encore des chiken wings. En terrasse, c’est encore mieux ! Site web : www.bcqmemphis.com

Le restaurant Arcade : le plus vieux restaurant de Memphis qui date de 1919. Y aller surtout pour y prendre de pantagruéliques petits déjeuners. Il ouvrira prochainement pour le dîner. Un décor digne des peintures de Hopper, où a été tourné le film « Les évadés » avec Morgan Freeman. Site web : www.arcaderestaurant.com

Pour en savoir plus :


Y aller : American Airlines assure 4 vols Paris/Memphis via Charlotte de préférence pour la convivialité de l'aéroport ou Philadelphie. Le must, les  Main Cabin Extra très confortables qui permettent de s’allonger complètement et le service nec plus ultra. Site web : www.aa.com

Voyagiste : Equinoxiales, spécialiste des Amériques proposent des circuits. Tél. O1 77 48 81 00. Site web : www.equinoxiales.fr


Se renseigner :  www.memphis-mississippi.fr et www.visitmississippi.org


(Texte : Martine Delaloye - Photos : Tennessee et Martine Delaloye).

À lire aussi