Luxembourg, de belles surprises

le 02/09/2014

Vous serez étonné par les richesses touristiques de cette petite ville largement dans la verdure. Et l'exposition au château de Clervaux "The Family of Man" mérite à elle seule le déplacement. Découverte...





Par Emmanuel Gabey


C'est peut-être par la place d'Armes que l'on prendra le mieux le pouls de ce petit pays niché à l'est de la France et à proximité de l'Allemagne. Ici, dans cette zone piétonne bordée de très nombreux cafés et de fast food au wifi gratuit, on appelle cette place le "salon de la ville". Ce qui est bien vu car du matin au soir, on s'y donne rendez-vous, on y passe un moment, on consulte fébrilement son Smartphone. Bref, c'est le lieu préféré de la jeunesse locale et des moins jeunes qui parlent tous trois langues sans hésitation : la langue nationale, le "lëtzebuergesch", le français et l'allemand. Et, très souvent, l'anglais aussi.





Dans cette partie de la capitale, nous sommes dans la vieille ville de la ville haute, inscrite au Patrimoine mondial de l'Unesco. De vieux quartiers aux ruelles étroites aux pavés disjoints et aux maisons d'époque, non loin du palais Grand ducal , belle bâtisse en pierres jaunes finalement d'allure assez classique, qui sert de bureau au souverain régnant dont la famille vit dans un autre château, à trente kilomètres de la capitale.

Tout à coup, on débouche sur une curiosité locale : "l'îlot gastronomique" : cinq restaurants différents qui offrent une restauration haut de gamme. Il est vrai que le Luxembourg compte douze restaurants pourvus d'étoile et le Mosconi qui en détient deux. Avec une ferme affirmation gravée en luxembourgeois sur la façade d'une demi-tourelle : « nous voulons rester ce que nous sommes », démontre bien la fierté de ce petit pays qui suscita de multiples convoitises.

D'où, bien sûr, une architecture militaire avec une forteresse que Vauban aménagea, et le rocher du Bock, berceau de la ville , avec ses fameuses casemates taillées dans les rochers de la ville sur 23 kilomètres de galeries souterraines -aujourd'hui ramenés à 17 - et que l'on visite longuement, quitte à se perdre (un peu) dans ces galeries souterraines qui offrent des ouvertures sur la ville et parfois ont conservé un vieux canon rouillé.

Capitale européenne...





Renommée pour sa place bancaire -et parfois montré du doigt pour son coté sulfureux en cette période de chasse aux paradis fiscaux- le Luxembourg, qui est l'une des trois capitales européennes avec Strasbourg et Bruxelles, abrite de très nombreuses institutions européennes pour la plupart situées de l'autre coté de la ville, sur le plateau de Kirchberg.
Plusieurs milliers de fonctionnaires européens y travaillent, notamment pour le secrétariat général du Parlement européenne, la banque européenne d'investissement, la cour des comptes européenne et nombre de directions générales de la commission européenne. Ce qui a, bien sur, favorisé le multiculturalisme avec le chiffre étonnant de 160 nationalités parmi les 100.000 habitants de la ville.


Philarmonique et Mudam...






Dans ce quartier d'affaires, deux monuments méritent l'attention : dominant la ville basse « le Grund », à la quelle on accède par un petit ascenseur, la Philarmonie, toute en stries, belle réussite de l'architecte français Christian de Portzamparc où sont donnés de très nombreux concerts et le MUDAM, autrement dit le musée d'art moderne Grand duc Jean construit par l'architecte sino-americain du Louvre I.M Pei sur le site historique du fort Thüngen, et dont la spécificité, sur trois niveaux et plus de 6000m 2, est d'accueillir des œuvres qui ont été créées pour l'occasion, comme par exemple celle de l'artiste Su Mei Tsé et sa fontaine d'encre noire qui interroge les notions de temps et de mémoire.


Une exposition de photos exceptionnelle...


Mais, le Luxembourg dispose aujourd'hui d'une exposition qui, à elle seule justifie le voyage. Il s'agit de "The Family of Man" installé au nord du pays dans le château médiéval de Clervaux. A l'origine, un homme Edward Steichen, né en 1879, photographe d'origine luxembourgeoise dont la famille a émigré aux Etats-Unis. Son idée, en pleine guerre froide, dans les années 50 était de monter une exposition de photos montrant toutes les facettes de l'Humanité.






Un appel international lui permit de recevoir 4 millions de clichés en noir et blanc de professionnels comme d'amateurs. Un premier tri lui permis d'en conserver 10.000 puis, dans son ultime sélection d'en sélectionner 503 de 273 auteurs originaires de 68 pays. Avec des clichés de Capa, Cartier-Bresson, Doisneau, ou encore Willy Ronis, August Sander, Ansel Adams…

Présentée pour la première fois en 1955 au Musée d'Art Moderne de New York ( MoMa) ce manifeste pour la paix et l'égalité des hommes tourna ensuite dans 150 musées à travers le monde et attira plus de 10 millions de spectateurs. En 1994, Steichen souhaita que cette expo s'installe définitivement au Luxembourg, au château de Clervaux, château du XII ème siècle détruit pendant la bataille des Ardennes et reconstruit dans les années 50. En 2003, l'exposition, devenue légendaire, est inscrite au registre de la mémoire du monde de l'Unesco.

Toutefois il se révéla nécessaire d'entreprendre en 2010 la restauration des images (sans toucher au tirage d'origine) et de leur donner une scénographie plus en adéquation avec l'époque. C'est ce à quoi se sont attaché le directeur du Centre National de l'Audiovisuel Jean Beck et son équipe. Le 5 juillet dernier, l'exposition a donc rouvert ses portes. Et l'on peut dire que c'est une réussite totale.


36 thèmes pour l'Humanité...

Dans cette nouvelle ambiance, le dialogue entre les images se révèle particulièrement judicieux. Qu'elles soient esthétiques, pleines de vie, émouvantes ou encore drôles ou violentes. "La présentation des photos, précise très justement Jean Beck, est intimement liée au contenu de l'image".






Les 36 thèmes retenus (le mariage, l'enfance, le travail, la famille, le repas…) s'articulent de façon fluide et donnent une ambiance gaie et vivante qui happe le regard du visiteur. Dans certains cas, une seule grande image au mur, dans d'autres plusieurs plus petites, ou encore surélevées pour les faire flotter au-dessus du sol, ou sur un présentoir en forme de demi-cylindre.

Sur l'ultime photo de l'expo d'un petit garçon et d'une fillette se tenant par la main, une seule phrase : "a world to be born under your footsteps". Le catalogue de ces 503 photos permet, longtemps après, de rester dans l'ambiance de ce moment d'exception au cœur de l'Humanité. Une réussite totale.


Pratique

La Luxembourg Card qui s'achète pour un, deux ou trois jours. Elle permet d'utiliser les transports en commun et de visiter gratuitement une soixantaine de sites dans tout le pays et même certains en Allemagne et en France.

Ce qui correspond bien à la démarche engagée par quatre villes aux atouts touristiques très différents et variés : Luxembourg, Metz, Saarbrücken et Trèves pour constituer la Quattropole ou encore "La grande région" au cœur de l'Europe, et qui permet de visiter dans la continuité ces différents lieux relativement proches -autour d'une heure de voiture-, même s'ils sont dans trois pays différents. www.quattropole.org

Pour en savoir plus

Consulter le site de l'Office de tourisme du Luxembourg : www.visitluxembourg.com et également www.steichencollection.lu

(Photos : E.Gabey et CNA Romain Girtgen).


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