Escapade corrézienne à Brive-la-Gaillarde

le 14/04/2020

La ville des brivistes, ces solides gaillards et gaillardes au caractère bien trempé mais avenants et inspirés, est autant le repère des gourmands et gourmets que des amateurs de patrimoine architectural et culturel. Découverte…




Par Martine Delaloye

Si la ville est surtout connue pour sa Foire du Livre, un incontournable de l’édition et son sport quasiment mythique, le rugby, elle est aussi un épicentre des produits du terroir. Elle se targue aussi d’un beau passé historique qui a façonné son charme au cours des siècles.



Dès la préhistoire…


On retrouve sur près de 80 sites préhistoriques, le témoignage d’une présence à l’emplacement actuel de la ville. Territoire marécageux à la roche de grès fragile le grasier - la cité se trouvait aux confins des 13 bras de la Corrèze avant le XVIIe siècle. Brive doit son nom au pont enjambant la Corrèze appelé Briva par les romains. Curieusement, un phare du XVIIIe s, trône en pleine ville. En réalité, un château d’eau, que Mr Corrèze et Mr Limousin, les architectes ont construit en forme de phare. Un clin d’œil à la présence en ces lieux de la mer au Jurassique ! Tout à côté, l’actuel théâtre du XVIIIe s., l’un des plus emblématiques bâtiments de la ville, compte symboliquement 13 arches.



Le charme d’une petite ville historique et animée

Elle ne se laisse pas appréhender au premier coup d’œil cette corrézienne sise désormais en Nouvelle Aquitaine. Le mieux est de pénétrer dans le cœur historique par la rue de Toulzac qui marquait au XIVe s. l’entrée de la ville alors, plutôt insalubre. A l’époque, un agronome anglais dira d’elle « Un pot de chambre dans un pot de fleurs ». Depuis, heureusement les pots de fleurs ont pris le dessus. L’histoire s’affiche en parcourant les petites rues commerçantes, tout autour de la Collégiale Saint-Martin construite au XIIe s., remaniée par la suite, découvrir de très anciennes maisons du XIIe s. dans la rue de la Corrèze, d’autres demeures remarquables comme l’hôtel de Quinhart, du XVe s. place de Latreille, doté d’une tour octogonale et d’une tourelle, ou encore, la Tour des Echevins aux influences italiennes du tout début de la renaissance. Ou encore, la maison Treilhard du XVIe s et sa tour polygonale flanquée elle aussi d’une tourelle. La maison Cavaignac du XVIIe, ancien couvent des clarisses est actuellement le siège de la Société archéologique de Corrèze.



Au XIXe s. les riches commerçants se font construire des hôtels particuliers à la mesure de leur réussite. La maison située à l’angle de la rue de la république et de la rue du lion d’or, en est l’exemple parfait avec ses cariatides et colonnes. Au passage, la chapelle St Libéral du XIVe siècle est dédiée au patron de Brive, qui avait sauvé la ville du feu dans le plus grand anonymat. Devenu Evêque d’Embrun il revient incognito dans la ville. Il ne sera identifié comme le sauveur de Brive qu’après sa mort grâce à une bague volée par sa servante. Actuellement, rattachée au Musée Labenche, c’est un lieu d’expositions temporaires. La ville connaît un véritable développement dans les années 1880 lors de la construction de la gare. La ville passe alors de 8 000 à 20 000 habitants. Actuellement la population est de 50 000 habitants.


La petite histoire de Jeanne Villepreux-Power, la créatrice des aquariums

Dans ce labyrinthe de petites rues, une jolie maison renaissance peut passer inaperçue. Pourtant, elle abritait Jeanne Villepreux-Power, une femme exceptionnelle. Brodeuse de son état, remarquée pour son talent de couturière grâce à la robe qu’elle réalise pour le mariage de Marie-Caroline de Bourbon-Sicile avec le duc de Berry, elle épouse à la même époque un négociant irlandais. En Sicile où le couple s’installe, elle étudie l’histoire naturelle de l’île et s’intéresse aux coquillages et aux fossiles. Elle est surtout renommée pour avoir été la première a imaginé et utilisé des aquariums pour observer le monde marin. Cette femme autodidacte qui parlait 16 langues a largement fait progresser la connaissance des animaux marins.



« Ici, c’est la Corrèze », la créativité à l’oeuvre

Au passage, cette petite boutique attire l’œil. On comprend que les brivistes ne manquent ni de créativité ni d’humour. La marque « Ici, c’est la Corrèze » a élu domicile au coin de la très passante rue Toulzac. On y trouve une « abracadabrantesque » collection de polos, tee-shirts, sweats, bérets, tabliers, chemises, mugs, à l’effigie de Jacques Chirac « la Tour Eiffel locale » selon Pierre Blanc, le créateur de la marque en quête de la qualité et du made in France. De quoi rapporter un joli souvenir local. Site web : www.icicestlacorreze.fr



Le musée Labenche, musée d’Art et d’Histoire

Dans le bel hôtel particulier Labenche du XVIe s., édifié par Jean II de Calvimont, seigneur de Labenche, le musée d’Art et d’Histoire est consacré au premier étage à l’histoire de Brive et de sa région depuis la préhistoire jusqu’à nos jours. Au deuxième étage, se trouvent les arts et traditions populaires, et les sciences naturelles. A ne pas manquer, de remarquables tapisseries d’Aubusson, et une tapisserie réalisée par la famille Braquenié, représentant l’Empereur Napoléon 1er et l’impératrice Marie-Louise. On apprécie autant le contenant que le contenu de cette belle bâtisse.



La ville est parsemée de jolies boutiques de bouche.

Dire que la ville a à son apanage de beaux produits du terroir, n’est pas un vain mot. Le foie gras, le magret, le confit, le veau de lait, les cèpes, les noix, les fromages ou les condiments… Que de bons produits locaux que l’on retrouve sur les marchés en plein air ou à la Halle Gaillarde, ou chez les petits commerçants de la ville. Ainsi, rue de l’Hôtel de ville, le passant ne peut résister à la tentation en voyant par la vitrine, Eric Lamy, artisan chocolatier réputé en train d’étendre la ganache ou de fabriquer de délicieux chocolats.. Mais pour goûter ces délices, le mieux est de monter à l’étage dans le salon de thé. On y apprécie autant la décoration bohème qu’un bon moment de détente dans un lieu décontracté, tout en appréciant chocolat chaud ou autres gourmandises du maître. Site web : www.chocolaterie-lamy.com

 

Au 2 de la rue de l’Hôtel de Ville, Bruno Courivaud, ex commerçant de meubles, s’est reconverti avec bonheur. Il est le fromager référence de la ville. Dans sa boutique installée dans une belle maison de pierre du XIXe, les fromages fermiers, à point, de saison font la ronde. Fromages de vache, de chèvres, de brebis, tomme de Savoie, rocamadour du Quercy proche, de toute la France trouvent ici leur point d’orgue. La Fromagerie par Bruno est l’incontournable des fines gueules.



La gastronomie, un des fleurons de la ville...


La nouvelle Halle Gaillarde

Ouverte depuis début novembre 2019, La nouvelle Halle Gaillarde, dans son écrin contemporain de bois et d’acier, aéré et bien éclairé, porte haut le terroir briviste. Un cadre aux petits oignons, des étals en bois où les fruits, légumes, fromages, charcuteries, vins et même le thé ou encore le café, sont joliment mis en valeur dans des paniers, des corbeilles soulignant leur fraîcheur. Chaque commerçant privilégié en ce lieu met un point d’honneur à la présentation et à la convivialité. Au Comptoir de Pierre Chevalier, on se perche sur de hauts tabourets pour un jus de fruit, un café ou un verre de vin provenant de beaux casiers de bois où s’aligne un beau choix de bonnes bouteilles.

Si Georges Brassens a chanté le marché de Brive, ce n’est pas par complaisance. Trois fois par semaine, c’est le lieu de rencontre des gastronomes. On y trouve les plus savoureux des produits du terroir, foies gras, truffes, canards sous toutes ses formes, mais aussi noix fraîches, châtaignes, champignons en automne, cèpes, et légumes produits localement.



La Maison Denoix, maître liquoriste, fête ses 180 ans

Au cœur de la ville, la Maison Denoix, c’est une histoire de famille. Depuis 1839, quatre générations se transmettent un savoir-faire et une charte de respect de la qualité artisanale. Sylvie Denoix Vieillefosse et son mari ont repris le flambeau, dans un souci de qualité. La fille de la famille et son mari à leur tour s’investissent. Les liqueurs et apéritifs sont fabriqués exclusivement avec des produits naturels, des noix et des fruits auxquels aucun colorant ou arôme n’est ajouté. Des visites sont organisées toute l’année dans l’atelier de fabrication, suivies de dégustations gratuites. Un bon moment à écouter Sylvie Denoix parlant de son métier avec passion et orgueil, de sa famille qui a mis un point d’honneur à continuer à fabriquer des produits naturels de grande qualité. Une gageure en soit, à l’époque de l’utilisation massive des arômes chimiques.



Dès l’entrée dans la distillerie aux murs de pierre et four en briques rouges, de douces émanations d’alcool, de graines, d’écorces, caressent les narines. Les cuivres des chaudrons, du vieil alambic rougeoient, les briques et les tonneaux de bois restituent l’image d’un art de vivre à la française. 24 liqueurs et 12 apéritifs sont fabriqués. La liqueur « Denoiselle » a été créée en hommage à Elie Denoix, l’arrière-grand-père. Pour certain « La Suprême de noix », la plus célèbre fait « la queue de paon », c’est-à-dire qu’elle a une belle longueur en bouche, critère de qualité. Servie sur un glaçon qui calme le côté sucré, elle peut être utilisée dans la glace à la vanille, le tiramisu, la tarte aux pommes, la chantilly, mélangée avec du vin blanc. On la trouve à Paris rue François Mutin 4e, dans les bars à cocktail. La liqueur à l’orange est plus directe au goût. La liqueur au fenouil accompagne les poissons, comme le rouget. Site web : www.denoix.com


S’éloigner de Brive…


Le musée Chirac à Sarran



Construit en 2000 et agrandi en 2006, à 1 heure de route de Brive, il accueille les cadeaux privés reçus par le Président Jacques Chirac durant ses deux mandats, de 1995 à 2007. Le lieu en pleine campagne peut paraître curieux, pourtant il répond à la volonté du couple Chirac. L’édifice contemporain peut aussi surprendre, dans cet environnement bucolique, si ce n’est que le cadre épuré, aux beaux espaces aérés convient bien à la mise en valeur de près de 5000 pièces aussi diverses qu’étonnantes et aux expositions temporaires, comme celle des voitures présidentielles qui a eu lieu en 2019.



On doit l’édifice à L’architecte, urbaniste et designer français Jean-Michel Wilmotte. Au premier étage, l’exposition présente les cadeaux par continent. Au-delà de l’objet, chaque cadeau soigneusement choisi est porteur d’un symbole. On y voit des pièces aussi singulières qu’un poisson naturalisé offert par le président des Comores. Nanti, d’aileron ressemblant à un bras, il fait passer le message que l’homme pourrait descendre du poisson et non du singe. Ou les 7 crèches au travail précieux offertes par Yasser Arafat selon les désirs de son épouse catholique et aussi les sièges tressés colorés offerts par le président camerounais. Cadeau très spécial, la superbe ceinture de Sumo offerte par un ami sumo du président. A savoir que la ceinture d’un sumo est son bien le plus précieux, il la garde toute sa vie. Lui-même étant considéré comme dieu vivant, c’est le présent d’un dieu à un président ! Un véritable inventaire à la Prévert. Au sous-sol, la réserve en cours de rénovation se visite également. 3 expositions temporaires ont lieu chaque année.

A Auriac, les Jardins Sothys labellisés Jardins remarquables



A 75 km de Brive, ces jardins extraordinaires sont situés dans le petit village d’Auriac dans le Massif Central, sur la rive gauche de la Dordogne, à 600 m d’altitude. Depuis Brive, il faut compter environ 1 h 30 de voiture par de jolies petites routes boisées et sinueuses pour y accéder. La visite est une échappée bucolique et philosophique à travers 13 jardins thématiques : le jardin des Constellations, le jardin japonais, la forêt d’érables, le jardin d’aromates, des plantes médicinales et cosmétiques, l’escapade blanche, l’escapade égyptienne, celle des senteurs ou l’escapade détente… Un joli voyage sensoriel. Une initiative de Bernard Mas, fondateur du groupe, qui tenait à rendre honneur à son village d’origine, Auriac. Le laboratoire, l’usine et la logistique sont également corréziens, entre Brive et Meyssac.

Par ailleurs, la réputation de la marque de produits cosmétiques Sothys, n’est plus à faire. Entreprise leader à travers le monde, elle emploie plus de 600 collaborateurs en France et à l’étranger. Le siège social et l’Institut Sothys, le fleuron de la marque ont pignon sur rue Faubourg-Saint-Honoré à Paris. A New-York, la boutique se situe juste en face de la Trump Tower. Le restaurant dans son cadre chaleureux de bois avec vue sur un lac, offre une belle carte de produits locaux de qualité, bio de préférence, parfaitement cuisinés. A la boutique, on retrouve un joli choix d’objet d’artisanat de bon goût et bien sûr, les excellents produits Sothys. Site web : www.lesjardinssothys.com

Notre carnet d’adresses :


Chambre d’hôte au Domaine du Breuil sur les hauteurs de Brive

Installée dans une maison au cœur d’un parc, une grande suite de 3 chambres et 2 salles de bain et 1 kitchenette a tout d’une maison de famille. Bien indépendante et cosy, c’est un petit paradis surtout à la belle saison où les fleurs et les arbres enrobent la demeure. En été, la piscine est la bienvenue. Les amateurs de lieux insolites auront sans doute un coup de cœur pour la roulotte nichée dans la cerisaie. Les amis des animaux ne seront pas déçus, les tourterelles dans leur volière et les chiens de la famille sont aussi accueillant que les propriétaires. Mais le must, c’est le petit déjeuner. Un régal préparé par Michelle. Sur la table joliment dressée, se bousculent le pain grillé délicieux à tomber, les confitures faites maison avec une touche personnelle, les œufs préparés à la demande, les croissants, les fruits, fromages et jambon. A l’occasion Michelle vous fera un clafoutis ou tout autre gâteau surprise. Sans conteste, le petit déjeuner vaut le déplacement. Une très bonne adresse toute l’année pour séjourner en ville comme à la campagne. Site web : www.domainedubreuil.com

Restaurant-lounge Le Living à Brive



Cet établissement contemporain ne séduit pas que par son cadre design et élégant. La cuisine procure un bon moment gourmand. Une cuisine authentique qui met en évidence les saveurs locales, mais aussi une cuisine fusion qui fait quelques détours du côté de l’exotisme, pour ne citer que la bavette à la japonaise, la salade de fruits de mer thaïlandaise… Un univers culinaire atypique. Ne manquez pas l’original Mique burger au veau et foie gras ou la poitrine de cul noire cuite à basse température pendant 16 h. Une jolie terrasse arborée est le refuge des beaux jours. Site web : www.le-living-brive.fr

Le Bistrot Forget, à côté du marché Brassens



Situé à deux pas du marché Brassens, un établissement dont la renommée n’est plus à faire grâce à son chef Christophe Forget qui concocte une cuisine de terroir pimentée d’une pointe de créativité.On y vient tant pour la cuisine qui assure à tous les repas que pour l’ambiance conviviale, décontractée où se retrouvent famille et amis. L’été, la terrasse et son tilleul centenaire est des plus agréables. A savoir, le chef est membre du célèbre Collège culinaire de France, emmené par de grands chefs comme Alain Ducasse et Joël Robuchon. Adresse : 53, avenue de Paris Brive la Gaillarde, tél. + 33 (0)5 55 74 32 47.

Le Bistrot Chambon, à Brive du côté du Pont de L’Ouysse



Le cadre est contemporain, coloré, gai. On devine tout de suite que l’ambiance y est sympathique et décontractée. Le bistrot, qui ici prend des allures de brasserie, est une affaire de famille. Les fils de Daniel Chambon, Stéphane et Mathieu perpétuent la tradition de bonne cuisine de famille personnalisée. Les spécialités, sole meunière, tête de veau, pied de porcs, foie de veau, pommes du Limousin à la cannelle caramélisées remportent un franc succès. Site web : www.bistrot-chambon.fr

Le Comptoir Saint-Sernin

Dans une ancienne quincaillerie au mur de pierres, la grande salle de bistronomie s’est organisée autour d’un long comptoir. Tables de bois, meubles de récup, couleurs contemporaines constituent le décor. On attend beaucoup de la cuisine et ce qui arrive dans l’assiette est peu satisfaisant tout comme le service très laisser-aller. Site web : www.lecomptoirsaintsernin.fr

A retenir : La Foire du Livre de Brive aura lieu cette année, les 6,7 et 8 novembre 2020 sous la halle Georges-Brassens.



Y aller :


En train : Paris gare d’Austerlitz Brive en 4 h 30 env. Site web: www.sncf.fr
En avion : Air France dessert Brive en 1 h 10 mn. Site web : www.airfrance.fr

Pour en savoir plus :


Consulter le site web de l'Office de tourisme : www.brive-tourisme.com

(Photos : Martine Delaloye, Office de tourisme : Brigitte Beaudesson et Malika Turin).

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