Au Japon, le charme discret de Kanazawa

le 02/07/2019

Située à moins de 3 heures de Tokyo par le train, à la croisée de la mer et de la montagne, Kanazawa est un haut lieu de l'architecture et des arts. Découverte...



Depuis 2015, avec le Shinkansen (le TGV japonais), Kanazawa -460 000 âmes- est devenue la porte de Tokyo. Ni les bombardements de la guerre ni les séismes n'ont frappé la ville au fils des siècles. Il règne ici encore une "histoire d'eau", et l'on chemine accompagné du bruissement des 55 canaux qui courent sur près de 150 kilomètres. En arrivant à la gare, le spectacle débute dès que l'on voit le dôme de verre Motenashi, soutenu par une monumentale porte de bois et de métal. Une prouesse de l'architecte Ryuzo Shirae.



La cité de l’art de vivre...


Si Kanazawa est considérée comme l’antique fief des samouraïs, la ville a été propulsée dans la modernité. La cité de Kanazawa est née il y a plus de quatre cents ans autour de sa forteresse entourée de douves. On admire le vaste édifice blanc reconstruit il y a deux cent trente ans, et visité par des nuées d'écoliers en uniforme. La visite guidée du château nous plonge dans les fastes de l'époque d'Edo, dans un 17e siècle où le daimyo (duc) de Maeda installa une dynastie qui fera fleurir l'art de la guerre, la prospérité rizicole et les traditions artistiques au fil de 14 générations.



Si le château mérite le détour, face à lui se niche le véritable joyau de la ville : le jardin Kenrokuen. Considéré comme l'un des plus beaux jardins du Japon ; le nom Kenrokuen -signifie littéralement jardin aux six aspects - il met en valeur six trésors réunis en un même lieu : espace, quiétude, travail, vénération, cours d'eau et un inoubliable panorama.

Un jardin extraordinaire…




Au fil de la promenade, on apprécie le clapotis des ruisseaux, grâce à un réseau artificiel créé il y a plus de trois cents ans par les géniaux jardiniers de la famille Maeda. 70 espèces de mousses tapissent les sous-bois, plantés de bonsaïs géants, certains taillés depuis plus de cent ans.

Le jardin s'attache à restituer le réel au moyen de l'artifice. Des arbres, mais aussi des panoramas entiers sont ainsi reproduits grâce à la technique du shakkei, qui consiste à rétrécir ou à dilater un paysage. Ici, une vallée du mont Haksun a été recréée en miniature au détour de la rivière. Ailleurs, c'est l'inverse : une trouée entre deux arbres donne un effet de perspective sur une colline en arrière-plan, faisant naître l'illusion d'un vaste décor de montagne.



On s'attarde sur le totem du jardin : un pin pluricentenaire, dont les branches s'évasent comme les ailes déployées d'une grue en vol. Symbole de longévité, le pin est vénéré au Japon. Des milliers de merveilleux détails composent le jardin de Kenrokuen. Pour prendre quelques instants de repos, rendez-vous dans un salon de thé, lové dans un antique pavillon de bois au bord d'un lac.

Le quartier des samouraïs…



Kanazawa affiche avec fierté son quartier des samouraïs. Il est composé d’un village d'authentiques maisons en bois sombre. Les demeures et leurs jardins manucurés s'enserrent dans des murs de torchis où la perfection du lissage révèle à dessein le grain de la terre. On peut visiter la maison de la famille Nomura, descendante d'un grand samouraï. On observe des tatamis de paille de riz, des pièces vides mais ciselées de porches en bois sculptés.

L'héritage de l'époque d'Edo se perpétue dans un deuxième quartier de maisons en bois, celui des geishas. Ici les courtisanes sont discrètement retranchées derrière les murs des sept maisons où elles officient encore. Au détour d’une rue, on peut percevoir le son d'un shamisen, la guitare à trois cordes japonaise. Il s’agit certainement d’une apprentie geisha qui s'exerce, derrière les portes d'une école inaccessible. Un univers qui reste mystérieux et qui parfois vous entrouvre ses portes lors de performances de danse et de musique dispensées dans d'anciennes maisons de thé.



Au cœur du quartier des geishas, on trouve la populaire boutique Hakuza, l'un des premiers fabricants de feuille d'or. Il y a longtemps que son usage n'est plus réservé aux statues et aux espaces religieux, elle sert la gastronomie et la cosmétique. La plupart des visiteurs achètent un flacon de saké pailleté d'or, de baguettes qui saupoudrent les précieuses particules métalliques sur les mets.

Un exceptionnel musée d'art contemporain…



A Kanazawa, le 21e siècle a donné son nom à un Musée d'art contemporain. Cette merveille de verre graphique et futuriste, à l'architecture toute en courbes, a été réalisée par le célèbre duo Sanaa (composé de Kazuyo Seijma et de Ryue Nishikawa), lauréat du prix Pritzker 2010. Le bâtiment circulaire embrasse le visiteur dans un espace où cloisons et façades se font évanescentes.

Cet écrin renferme une fabuleuse collection permanente comprenant notamment des réalisations de Francis Alÿs, Matthew Barney ou Gerhard Richter, figures emblématiques de l’art contemporain. Le monde céruléen de « the swimming pool » mène les visiteurs vers le fond d'une piscine. En levant la tête, ils peuvent discerner les contours flottants de leur camarade des niveaux supérieurs, évoluant au dessus du sol-surface translucide. A deux pas, la salle de la « Blue planet sky », quant à elle, offre le spectacle du ciel changeant de Kanazawa grâce à une ouverture percée dans son plafond. Adresse : 1-2-1 Hirosaka, Kanazawa, Préfecture d'Ishikawa, 920-8509, tél. +81 (0)762 202 800. Site web : www.kanazawa21.jp/en

Enfin, sachez que si les Japonais font depuis des centaines d'années le voyage à Kanazawa, c'est aussi pour profiter d'une gastronomie qui rivalise avec celle de Kyoto. Une visite de cette ville si attachante s'impose !


Notre adresse :


Yogetsu



Yogetsu, c’est une ancienne maison de thé du quartier des geishas. Elle dispose de trois chambres d'hôtes traditionnelles au confort simple. On dort sur des tatamis. A réserver en arrivant à Kanazawa, auprès du bureau du tourisme de la gare. Les propriétaires parlent uniquement le japonais.

Pour en savoir plus :


Consulter le site web de l’Office de tourisme: www.kanazawa.tourism.com

(Photos : E.Scotto).

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