Rochefort-sur-mer, entre fleuve et océan

le 18/06/2019

Les demoiselles de Rochefort, Fort Boyard, l’Hermione, Pierre Loti…Rochefort a ses stars et aussi un fabuleux théâtre architectural. Découverte…




Par Martine Delaloye


Rochefort, le Versailles de la mer...



Dès l’arrivée, l’architecture très Grand Siècle suscite l’admiration et la curiosité. La ville a belle allure, c’est un fait, avec ses larges avenues, où circule un petit air agréable, bordées de magnifiques bâtiments parés d’éléments de décoration. Une architecture qui n’a cessé d’évoluer sur plus de quatre siècles. De superbes hôtels particuliers du XVIIe siècle, ornés de chapiteaux, de cariatides, de sculptures et de fer forgé, sont réhabilités et retrouvent leur faste d’antan.



D’anciens magasins, sortes de grands édifices servant de réserves, des ateliers et des entrepôts arborant un style glorieux sortent de leur gangue du passé et retrouvent un lustre plus contemporain et sont reconvertis en musées ou en belles résidences pour les rochefortais. Les rues bordées de palmiers rapportés lors des voyages au long cours ajoutent la note d’exotisme qui attise l’envie de découvrir ce formidable patrimoine lors city break ou plus pour profiter de l’ambiance tranquille qui règne dans la ville.



Rochefort, une ville fluviale aux influences maritimes...


L’histoire de Rochefort, c’est avant tout l’histoire d’une ville qui, par sa situation à quelques encablures de l’océan, face à l’île Madame et l’île d’Aix, s’est développée aux gré des influences maritimes. Une situation qui demandait d’être protégée. De nombreuses fortifications, Forts, batteries ont été construits au fils des siècles. Ainsi on peut suivre la « Route des Forts », ces « soldats de pierre » constituant un réseau de défense exceptionnel. Fort Lupin, Fort Terron, Fort Chapus, Fort de la Rade, Fort de l’île Madame, Fort Enet, Fort Vauban et le célèbre Fort Boyard…

Une ville sur la Charente, qui par ironie du sort manquait d’eau potable. Une ville qui a vu se développer en front de mer dans les années 1900, à l’arrivée du train, la jolie station balnéaire de Fouras-les-Bains et l’Ile d’Aix devenir la folie des années 3O.



Le Pont Transbordeur, plus qu’un ouvrage, un symbole...


Tout de fer, de fonte et d’acier, il a été construit en 1898 remplaçant un bac devenu insuffisant. Il enjambe La Charente sans gêner la navigation des cargos. Un ouvrage dont c’est le 120e anniversaire et qui se refait une beauté pour l’occasion. Il apparaît dans le film de Jacques Demy, Les demoiselles de Rochefort. Plus qu’un monument, il symbolise l’ouverture de Rochefort à travers son port vers le monde. Tout autour un parcours de découverte artistique s’ouvre en plein air. C’est le sentier des Guetteurs qu’il faut suivre à travers les sculptures gardiennes des lieux. Il existe encore 8 ponts transbordeurs dans le monde.



L’Arsenal, un projet royal, « le plus grand et le plus beau du monde »...


Quand Louis XIV choisit Rochefort, en 1666, pour y installer le plus grand arsenal du Ponant -l’occident-, destiné à se protéger des autres puissances maritimes, c’est toute l’histoire de ce territoire qui est bouleversée.
Durant près de trois siècles, un véritable appareil d’état prend ses quartiers au bord de l’Atlantique, dans une courbe de la Charente, à 23 km à l’intérieur des terres.

L’arsenal selon le désir du Roi, se veut « le plus grand et le plus beau au monde ». Tout semble réunit pour la réussite du projet, des entrées maritimes défendables par un réseau de fortifications, la protection naturelle du site en raison de son éloignement de la côte et de son environnement marécageux, les possibilités d’approvisionnement en sel, blés, vins, viandes de Saintonge, bois et charbon du Quercy et fers d’Angoumois et du Périgord, utilisés pour la construction des navires.



Sous l’autorité de Colbert, le gigantesque arsenal sort des marais. Une ville nouvelle émerge, suivant un plan très précis en damiers, où de larges artères toutes droites se croisent à angle droit, facilitant la circulation des marchandises, des matériaux. Magasins de stockage, formes de radoub, ateliers, entrepôts pour stocker le bois, le brai (la colle), le fer et le chanvre (utilisé pour le cordage) servant à construire et radouber les vaisseaux, voient le jour.

Près de 500 navires sortiront des cales de l’Arsenal, faisant de Rochefort un haut lieu de la puissance maritime, de l’innovation de la technologie militaire, de la logistique de grande envergure. On y enseigne, on forme des ouvriers, des gardes de la Marine, des officiers de santé. On ouvre des écoles dont la première école de chirurgie au monde. A la fin du XVIIe s. on construit en pierre, respectant l’architecture du Grand Siècle, des hôtels particuliers ouverts sur jardin, de belles demeures, la place Colbert chère aux Demoiselles de Rochefort. Aujourd’hui, Rochefort hérite de ce patrimoine urbain très riche qui lui vaut d’être classée ville d’art et d’histoire.



Au Musée Hèbre, qui accueille le Centre d’Interprétation de l’Architecture et du Patrimoine, le plan relief Touboulic réalisé en 1835 met bien en évidence la modernité de cette construction pour l’époque. Il rend également hommage à Pierre Loti, enfant de la ville, Julien Viaud de son nom de naissance, Loti, du nom que lui donnait une de ses maitresses, officier de marine, grand voyageur et surtout connu pour son œuvre littéraire. Petit de taille mais grand d’esprit, il est l’auteur entre autres de Pêcheur d’Islande ou de Madame Chrysanthème qui inspira l’opéra de Puccini Madame Butterfly. Site web : www.ville-rochefort.fr



La Corderie Royale, le faste d’un bâtiment du XVIIe siècle...


Au premier abord, on peut s’étonner de l’architecture de ce bâtiment tout en longueur, tel un navire immergé dans l’écrin végétal du Jardin des Retours. Construite sur un radier de chêne, la manufacture ne mesure pas moins de 374 m - plus que la hauteur de la Tour Eiffel - longueur indispensable pour obtenir un cordage de 200 m destiné aux voiliers. Côté jardin, la façade est royale, pierres de tailles, nombreuses croisées, lucarnes à frontons ornées de boules, contreforts rajoutés un peu plus tard. La Corderie et l’ensemble de l’arsenal se doivent d’être dignes de la majesté du roi !

Une visite immersive...


Un tiers seulement de l’édifice se visite. Tout d’abord, un petit spectacle audiovisuel, très plaisant retrace l’histoire de la Corderie Royale. Puis la déambulation dans les ateliers permet de suivre le parcours du chanvre originaire d’Asie, fibre brute transformée en fil, les différentes étapes de la fabrication d’un « fil de caret » de 200 m de long, premier élément du cordage, les outils emblématiques ou encore l’élaboration d’un nœud marin… Un espace est consacré à des expositions temporaires.



Le bâtiment accueille aussi la Médiathèque de Rochefort consacrée à la culture maritime qui a pris place dans un espace contemporain ainsi qu’un magasin des cordages où faire quelques achats souvenirs. Le restaurant des Longitudes installé dans l’ancien corps de garde, entre La Corderie Royale et L’Hermione offre une vue imprenable sur la Charente et les jardins. Site web : www.corderie-royale.com


Le Musée national de la Marine...


Il est établi depuis 1666 dans le plus ancien édifice civil de la ville, l’Hôtel de Cheusses, logis du dernier châtelain de Rochefort Henri de Cheusses. L’exposition invite à un voyage au cœur de l’Arsenal Royal à travers les siècles.  Maquettes de navires, innovations - cabestan, chaînes d’acier…- sculptures figures de proue, figures de poupe, peintures marines.

Dès l’entrée, un châssis de bois, dominé d’un mât interpelle. C’est la réplique du radeau de la Mésuse, ce radeau devenu tristement célèbre, où 147 hommes se sont entassés lors du naufrage de la frégate éponyme. L’Argus, un navire venu secourir les rescapés, récupérera à bord 15 personnes, dont 5 mourront dès leur arrivée à Saint-Louis du Sénégal. Un évènement tragique qui fit scandale à l’époque et qui inspira Géricault, dont le célèbre tableau est exposé au Louvre. Site web : www.musee-marine.fr/rochefort

Le Musée de l’Ecole de Médecine Navale, la première au monde...


Les hommes à bord des bateaux avaient à souffrir de beaucoup de pathologies. Il n’est donc pas surprenant que la première Ecole de Médecine Navale, école d’anatomie et de chirurgie, ait été créée à Rochefort en 1722. Son rayonnement au XVIIIe siècle était considérable. Le musée, installé dans l’ancien l’hôpital de la Marine met en évidence les pratiques de l’époque qui peuvent paraître un peu « barbares » aujourd’hui. On y voit les instruments de chirurgie, une table d’opération en bois, bien dure. Une grande bibliothèque est consacrée à la littérature et déjà aux maladies du système nerveux. Dommage que les lieux soient si marqués par le temps, le musée mériterait une scénographie plus contemporaine. Les visites sont toujours guidées et en groupes. Site web : www.ecole-de-medecine-navale-rochefort.fr



Un patrimoine maritime exceptionnel, un formidable héritage...


Au cours des siècles, l’activité de Rochefort a subi succès et revers. L’arrivée de la marine à vapeur et du câble métallique a eu raison des activités de la Corderie Royale et en 1927, la décision de fermer l’arsenal est prise, plongeant la ville dans un profond désarroi. La ville maritime se tourne alors vers son fleuve. Une période plus sombre commence. L’histoire suivant son cours, l’ancien arsenal partiellement détruit en 1944 est progressivement restauré. En 1967, la Corderie Royale est classée Monument Historique et en 1985, elle retrouve son panache après une restauration remarquable.

Aujourd’hui, ce patrimoine maritime exceptionnel suscite un grand intérêt. Le Centre International de la Mer s’est donné pour mission de faire « revenir la ville vers la mer et la mer dans la ville » à travers la visite de la Corderie Royale, de la célèbre Hermione, la Frégate de La Fayette qui parcourt les océans, du Jardins des Retours, du Musée National de la Marine ou de l’accro-mâts, un espace ludique et sportif permettant d’évoluer tel un marin dans une mâture de grand voilier. Le futur de la ville est désormais tourné vers l’aéronautique.



Fouras- les- Bains une station balnéaire où il fait bon vivre...


Elle ne peut être mieux située, cette jolie station balnéaire qui s’est développée dès 1850 avec l’engouement pour les bains de mer. A l’embouchure de la Charente, sur une presqu’île face aux îles d’Aix, Oléron et Ré et au Fort Boyard, elle a tout pour plaire. De belles villas Belle Epoque en front de mer, un casino dans le cadre boisé de Bois Vert, un labyrinthe de ruelles bordées de toutes petites maisons fleuries au charme désuet, un centre-ville animé, le Fort Vauban qui s’avance en figure de proue d’où on embrasse l’immensité de l’océan et ses îles, des plages de sable blond, deux ports… la ville affiche un art de vivre des plus plaisants.

Une destination familiale où visiter le musée du Fort Vauban déguster des huîtres, s’adonner aux sports nautiques comme le stand up paddle, s’aventurer à contourner le Fort Boyard, suivre la route des forts à Fouras, marcher sur les pas de l’Empereur Napoléon 1er sur l’île d’Aix ou tout simplement paresser sur l’un des cinq plages.



Notre carnet d’adresses :




L’Esprit du 8, une maison d’hôtes au charme de maison de famille



L’emplacement est exceptionnel ! En plein cœur du centre historique de Rochefort-sur-mer, cette maison d’hôtes a pris possession d’un hôtel particulier de 1830, une belle bâtisse à l’architecture classique et élégante, l’ancienne sous-préfecture de Rochefort. Les propriétaires, le couple de Sandrine et Pascal Gravier, est des plus sympathiques. Enthousiastes, passionnés, accueillant sans flagornerie, ils ont le sens du beau, du confort, du design comme du vintage de qualité, des beaux matériaux, des bons produits. Les mosaïques du sol, les parquets anciens, les vitraux, les moulures et cheminées de marbre ont été soigneusement conservés. Quatre chambres seulement, une cinquième en préparation, portent les noms de Femmes designer du XXe siècle - Charlotte Perriand, Florence Knoll, Eileen Gray, Gae Aulenti - où le confort haut de gamme -lits king size, douche à l’italienne, baignoire balnéothérapie, machine à café, plateau de courtoisie – rivalise avec un aménagement d’objets et de meubles, de designers ou vintages.

Le grand jardin, bien à l’abri dans ses murs est un refuge où prendre le petit déjeuner en profitant de la douceur de la lumière et du calme ambiant, s’allonger autour de la grande piscine de 5 m X 10 m, ou profiter de la fraîcheur en soirée. A l’occasion une voiture de collection stationne en fond de jardin… Sans surprise, c’est une des passions des propriétaires !



Dans la grande salle à manger baignée de lumière grâce aux très hautes portes fenêtres à vitraux, est servi un petit déjeuner délicieux. Les produits proviennent de producteurs locaux et bio du marché de Rochefort. Le plus de cette belle adresse, la proximité des principaux sites historiques de la ville, l’Arsenal, La Corderie Royale, l’Hermione, la Place Colbert, les musées. A quelques encablures de l’océan, de La Rochelle, de l’île de Ré et l’île d’Aix ou encore Fouras-les-bains et ses plages, mais aussi des réserves ornithologiques et des bassins ostréicoles de Marennes, c’est le sweet home idéal le temps d’un week-end ou plus, le temps d’une cure aux thermes de Rochefort. Site web : www.lespritdu8.com



Restaurant Hôtel Mercure-Corderie Royale

Il est situé au calme juste en bordure de la Charente, à l’abri de la circulation. Dès les beaux jours, la terrasse offre une vue sur les eaux tranquilles et la campagne environnante et invite à une dégustation « entre terre et mer ». Le menu concocté par le chef en fonction des produits du jour, réserve quelques surprises, au risque et péril du client. On appréciera la qualité et la fraîcheur des produits. Et la carte offre aussi un beau choix des produits de la mer et du terroir. Site web : www.accorhotels.com




A voir :


Aux portes de la ville, la plus grande station de lagunage d’Europe



Par lui-même, le nom n’est pas très inspirant. Le lagunage… surtout si on comprend que c’est une station d’épuration de l’eau. Mais il ne faut pas s’y tromper, outre sa fonction première de purifier l’eau de la ville, c’est aussi l’escale privilégiée des oiseaux migrateurs et le paradis des oiseaux sédentaires, pour le plus grand bonheur de Christophe, l’animateur nature conservateur de la LPO qui accompagne les visites de cet hôtel ornithologique.

Christophe y vit sa passion et la fait partager avec infiniment d’humour et de sérieux aussi. Créée au cœur des marais périurbains, la station d’épuration des eaux usées se fait par le principe d’auto-épuration sur de vastes lagunes de différentes profondeurs – 35 ha au total – une technique écologique qui engendre un important développement de plancton, une source alimentaire idéale pour de nombreux oiseaux d’eau. 130 espèces y sont observées régulièrement. Canards, grèbes, foulques, mouettes pygmées s’épanouissent dans la lagune profonde, avocettes, échasses blanches, sarcelles, bécassines nichent sur un petit îlot bien préservé. Sur les berges du fleuve, la roselière est le territoire du busard des roseaux, des rousserolles. Un monde d’utilité publique, un paradis ornithologique.

Les visites sont organisées toutes l’année, sur réservation obligatoire. On peut y accéder en voiture bien sûr, mais à vélo, c’est encore mieux. Le réseau de pistes et de chemins cyclables est très étendu autour de Rochefort et rejoignent Fouras et même La Rochelle. Et au passage, on pourra faire une halte pour admirer le pont Transbordeur. Site web : www.station-de-lagunage.fr

Pour en savoir plus :


Y aller : En train direct ou avec changement depuis la gare Montparnasse à Paris. Site web : www.sncf.fr

Se renseigner : www.rochefort-ocean.com

(Photos : Martine Delaloye, OT Rochefort-océan et l'Esprit du 8).

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