Oléron, sauvage et lumineuse

le 04/06/2019

Cap à l’ouest ! A 3 h de Paris, l’île d’Oléron a plus d’un trésor dans ses filets et du charme à revendre. Découverte…




Par Martine Delaloye

Petits ports ostréicoles, villages de pêcheurs au charme infini, marais salants gorgés d’oiseaux, forêts de pins, plages de sables blonds bordées de dunes, cabanes d’artistes multicolores, forts et citadelle, l’île d’Oléron est la destination sports et nature par excellence.



Les possibilités d’une île...


Elle ne se la joue pas cette île qui bien que reliée au continent par un pont revendique son statut insulaire. A l’image de ses habitants, les oléronais, elle a le caractère bien trempé et ne s’en laisse pas conté par son orgueilleuse voisine, l’île de Ré. Bien au contraire, elle se targue de garder sa personnalité, très nature, qui lui donne tant de charme. Au fil des paysages de marais, de chenaux, de claires, se dressent ici et là les tables de fer rouillé dressant leurs piques vers le ciel, les piles de poches à huîtres, les tas de pieux d’ardoise où s’accrochent les jeunes naissains. Les chalands à fond plat sont à l’œuvre, les chalutiers rapportent leur pêche. On est dans le domaine du bel ouvrage, de la passion des pêcheurs, des ostréiculteurs, des viticulteurs qui font les richesses de l’île.



Mais aussi, sous le charme des forêts de pins odorants, des belles dunes retenues par des herbes folles, des merveilleuses plages qui ourlent l’île, comme les très longues plages de la côte ouest entre Saint-Trojan-les-bains et Vert-Bois, ou encore les plages de la côte est, comme celle de La Brée les Bains ou des Saumonards à Boyardville, paradis des sports nautiques (surf, kayak de mer, kite surf, paddle…) et des baignades qui complètent le tableau de cette île aux allures de paradis estival. Ou mieux, hors saison, pour plus d’intimité…


Des découvertes à n’en plus finir...


L’ile regorge de curiosités et de possibilités d’activités en tous genre.  A vélo dans les marais, le long des plages sur plus de 160 km d’itinéraires cyclables, en se baladant dans les dunes où découvrir les vertus médicinales et culinaires des plantes et des algues dans les rochers, en chars à voile pour s’enivrer de la vitesse et d’air iodé. Observer les oiseaux migrateurs avec un guide de la LPO dans la Réserve Naturelle Moëze-Oléron, parcourir les jolis villages de St Trojan-les-Bains et ses villas Belle Epoque, Saint-Denis d’Oléron et ses cabines de plages multicolores sur la plage de la Boirie, Arceau le petit village où est né Pierre Berger, Saint-Pierre d’Oléron ou le Château d’Oléron et son imposante citadelle, son pont des rêves ornés de coquilles d’huîtres à message d’amour, ses bars et restos installés dans de jolies cabanes colorblock.

Ou encore s’intéresser au patrimoine architectural, Fort Louvois, accessible à pied à marée basse, Fort Boyard le télégénique qui ne se visite pas mais que l’on peut contourner par bateau, la Citadelle de Brouage, classée parmi les plus Beaux Villages de France, en allant sur les pas de Vauban.



Sans oublier, tout au nord de l’île, dit le bout du monde par les oléronais, le phare de Chassiron, la tour de pise locale, un des sites les plus visités au cœur d’un jardin classé « jardins remarquables », en forme de rose des vents. Une première tour, la Tour Colbert, a été édifiée en 1685 trop près de la côte et détruit par les eaux et le temps. Le phare actuel a été construit en 1836. D’une hauteur de 46 m, il faut grimper 224 marches pour mériter la vue sur l’île et la balise d’Antioche, et par beau temps, sur l’île de Ré et la Rochelle. Site web : www.chassiron.net



Le Port des Salines entre écomusée et marais salants....


On peut commencer la visite au Port des Salines, à Grand Village, écrin naturel labellisé Pôle-Nature dédié à ce qui fut une des grandes activités d’Oléron, la saliculture, avant que le sel de mine ne vienne la concurrencer, obligeant la transformation des marais salants en parc à huîtres. Il reste une dizaine de sauniers à Oléron - dont une femme - dont l’activité bat son plein dès les beaux jours. Le Pôle-nature du Port des salines s’articule autour d’un marais salant reconstitué, d’un sentier d’interprétation et d’un écomusée. Un parcours de cabane en cabane pour les petits et les grands, où découvrir l’histoire du sel, les outils, la récolte, à travers un film, des ouvrages, des jeux pour les enfants, des ateliers et des visites des marais.

Avec ces cabanes de couleurs, le lieu ne manque pas de charme, surtout le mercredi, où s’installe un petit marché de produits locaux. A côté, La Salorge, grenier à sel propose le sel de la région sous toutes ses formes, fleur de sel vanillée, sucettes au caramel salé… Et pour terminer la visite, il faut absolument déjeuner au Relais des Salines. Le cadre est sans prétention et la cuisine où trônent poissons frais et coquillages, un régal. Site web : www.port-des-salines.fr



Le Port de pêche artisanal de la Cotinière à Saint-Pierre d’Oléron...


A quelques distances sur la côte ouest - elles ne sont jamais très importantes à Oléron, l’île fait 30 km de long sur 13 km dans sa plus grande largeur – le Port de la Cotinière rappelle que la pêche est une activité essentielle de l’île. 4 000 tonnes de poissons et crustacés transitent chaque année à la criée. Chaque jour, les petits bateaux colorés déchargent leur cargaison de sardines et de crevettes - dont il est le premier port de France - mais aussi, la seiche, le maigre, le céteau, la spécialité locale, la langoustine, la sole, la lotte ou encore la raie que l’on retrouve sur les étals de la poissonnerie de la Victorine, en face du port. Une centaine de navires et 300 marins pêcheurs animent le village où les badauds profitent du ballet des mouettes attendant le retour des bateaux.



Les huîtres Marennes-Oléron, l’or de l’île...


L’huître, c’est une des richesses de l’île, après le tourisme et avant la pêche. La spécificité de la Marennes-Oléron étant son passage en claire, une pratique ancestrale lui donnant un goût moins iodé, moins salé grâce au mélange en eau douce. Et aussi sa couleur verte due à une algue microscopique, la navicule bleue, qui la fait passer du jaune au vert. Le goût iodé avec finesse, la consistance délicate, en font une huître unique. Sur l’île, le territoire Marennes-Oléron couvre 3000 hectares de claires et 8 villages, St Trojan, Grand Village, Château d’Oléron, St Pierre d’Oléron, Dolus d’Oléron, St Georges d’Oléron, La Brèe les Bains, St Denis d’Oléron.



Elevage et affinage, les deux secrets d’une huître d’exception...


L’huître, qui se reproduit en été, pond au moins 1 million d’oeufs, qui se fixent en 15 j sur des collecteurs – tubes, coupelles, pieux d’ardoise. Les jeune huîtres, appelées « naissain » grandissent durant 1 an avant d’être détachées de leur support. C’est le détroquage, une pratique délicate. Puis elles sont placées dans des parcs d’élevage et déplacées selon les courants. Pour finir, vient l’affinage dans les claires, ses bassins peu profonds entre terre et mer dans les anciens marais salants, produisant fines de claires et spéciales de claires, selon la durée et la densité lors de la mise en claire.

On comprend que l’élevage et l’affinage de l’huître Marennes-Oléron, demande une grande attention, beaucoup de travail, une prise de risques certaine et beaucoup de passion. A Dolus, Nicolas Werkhoven, néérlandais d’Eindhoven amoureux de la Charente, qui a repris avec enthousiasme le domaine de son beau-père, ne déroge pas à cette tradition. Ses fines de claires ou encore les spéciales, dites « la réserve » sont de pures merveilles au palais. Site web : www.huitre-fonteneau.fr



Les anciennes cabanes ostréicoles, le refuge des artistes...


Quelque peu délaissées au fil du temps, les cabanes ostréicoles ont repris de belles couleurs flashy et ont été converties en ateliers d’artistes. Une jolie manière de sauvegarder le patrimoine ostréicole et de redonner vie à ces zones en voie de désertification. On les retrouve tout particulièrement dans trois lieux sur l’île, le long de la route des huîtres. A Dolus, le long du Chenal de la Baudissière, qui a gardé son charme authentique et romantique, et ses chalands chargés de poches d’huîtres, plus d’une dizaine d’artistes occupent ces cabanes repeintes au gré de leur fantaisie. D’autres sont encore en activité.



Dans son atelier, bien nommé Kayou, Blandine Mornon peint des cailloux. Une mise en scène de galets et bois flottés personnifiés. Mais, ne vous avisez pas de photographier l’étonnant monde naïf de l’artiste sans acheter une pierre à prix d’or, la dame est aussi rugueuse que sa matière première… Tout du moins au premier abord, car l’humour est au rendez-vous.



Stéphane kempf, de son côté, utilise des pièces métalliques de récupération et crée lampes et objets de décoration, uniques, dignes de beaux intérieurs dont le prix justifié peut paraître rébarbatif pour la clientèle de passage.

Sur le port du Château d’Oléron, une association d’une trentaine de créateurs « Couleurs Cabanes » s’est installée dans ce joli décor. On y découvre une grande variété de savoirs faire, peinture, sculpture, céramique, lutherie, tournage sur bois, marqueterie, jouxtant bars et restaurants, manège ancien, jardinets fleuris, très fréquentés autant pour le charme que pour l’animation du village. Site web : www.couleurs-cabanes.fr



A Fort-Royer. Dans un écrin de verdure, vieillissent les jolies cabanes traditionnelles, d’autres plus récentes se sont implantées, reconnaissables par leurs couleurs pétantes. On se trouve ici sur un véritable site ostréicole, classé et protégé, au cœur de la Réserve Naturelle de Moëze-Oléron, ouverte aux visiteurs.

Située sur la grande voie de migration « Est-Atlantique » la réserve est une halte privilégiée des oiseaux. Plus de 200 000 oiseaux ont été bagués. Parmi un champ de claires toujours entretenu, bordé d’un estran vaseux et de quelques parcs à huîtres, l’association du Site Ostréicole et Naturel organise des visites commentées et des ateliers, suivies par plusieurs milliers de visiteurs. Site web : www.fort-royer-oleron.fr



Notre carnet d’adresses :




Restaurant Relais des Salines à Grand Village Plage



Dans une cabane ostréicole, le chef Arnaud Giron a imposé son style, tant en cuisine où il annonce clairement que tous les produits proviennent de producteurs et artisans locaux, que le décor est simple, sans prétention et que l’humour fait partie du plaisir. Mais pas de complaisance dans l’assiette où les saveurs, la fraîcheur et la présentation est une ode à l’océan et à ses bontés. Sans excès non plus sur les prix à portée des familles du cru ou non, qui fréquentent assidument le restaurant tant pour son ambiance bon enfant que pour le cadre avec terrasse sur un chenal, face à l’écomusée du Port des Salines et aux marais salants. Les huîtres chaudes à la fondue de poireaux, le dos de merlu semoule de légumes, chorizo et jus safrané réveillent les papilles. Et la glace à l’encre est une heureuse découverte. Site web : www.lerelaisdessalines.com

O Saveurs des Iles dans le hameau de La Menounière à Saint-Pierre-d’Oléron



Dès l’arrivée, le décor annonce l’exotisme bien particulier de cette maison et de ses délicieux propriétaires Patrick et Cécile Daudu, de grands voyageurs qui en ont beaucoup vu et beaucoup testé en Asie et dans l’Océan Indien. Assez en tout cas pour transmettre à leurs hôtes, le goût des épices venues d’ailleurs, des alliances sans contraintes, sans oublier pour autant les bons produits oléronais à portée de main. Bio de préférence.

A recommander le blanc de grondin servi avec le risotto aux huîtres et crème au citron confit, l’Agneau de 7 heures et petit jus oriental, purée de choux fleur au citron et croustillant de pomme de terre nouvelles et finir aux cieux avec le divin Succès au chocolat et praliné, sauce café cardamone et noisettes caramélisées. Le tout arrosé avec les vins de la maison Favre & Fils, et le bonheur est total. En été, c’est dans le jardin qui lui aussi est paré d’exotisme, qu’il faut se délecter dans la zénitude ambiante. Une adresse à partager sans hésitation. Site web : www.saveursdesiles.fr

Hôtel de charme et Restaurant gastronomique, Les jardins d’Aliénor au Château d’Oléron 2 fourchettes au Michelin


Une bien belle maison que ces jardins d’Aliénor. On ne saurait dire ce qui est le plus raffiné de la restauration ou des chambres délicieusement décorées.

Le chef Marc Le Reun, fils de pêcheurs de saint-jacques à Quiberon, a un passé des plus glorieux dans la belle restauration, et pour faire court, avant de s’installer dans ces beaux murs, a fait ses preuves à l’Arpège à Paris chez Alain Passard, ou encore à la Maison blanche. Avec son épouse Laëtitia, oléronaise de naissance, la discrétion et la modestie restent de mise. Alors qu’il y quelques années encore, les moules frites étaient à peu près tout ce que l’on pouvait manger sur l’île, ils sont restés fidèles à ce qu’ils aiment faire, sans chercher à contrer leur nature.

Et le succès est au rendez-vous, la table est récompensée de 2 fourchettes au Michelin. Le Filet de caille escorté d’une mousseline de carotte, d’un petit jardin de carottes et cuisse confite au raz el Hanout dans un croustillant aux saveurs orientales, et jus de poulet au romarin consacre la délicatesse et l’exotisme réunis. Le pavé de thon, et sa cuisson parfaite, au foie gras frais et émincée de haricots, crème acidulée aux herbes affirme les lettres de noblesse du poisson. Le mille-feuilles au chocolat, et sa glace au caramel et beurre salé finit le repas en apothéose. Sans oublier les vins provenant des très belles caves de l’île.



La partie hôtelière a trouvé ses marques dans un petit hôtel particulier. Juste 8 chambres au décor différent mais toujours délicat, favorisant le bien-être. Un havre de paix et de confort. Le petit déjeuner à prendre dans le patio ou en salle est tout à fait remarquable. Les confitures de la Cour d’Orgères à Quiberon, les yaourts maison, le jus d’orange pressé frais, les viennoiseries croustillantes… un bon moment à ne manquer sous aucun prétexte.

Dans le salon aux allures de maison de famille, l’Association Swing Ocean organise durant la saison d’été, 4 soirées exceptionnelles consacrées au Jazz où se produisent de grands noms du genre. Avis aux amateurs ! C’est avec regret que l’on quitte ce cocon convivial. Une très bonne adresse oléronaise. Site web : www.lesjardinsdalienor.com/fr

A faire :


Embarquer sur le Lola of Skagen, un vieux gréement authentique de 1919, construit en chêne pour la pêche à Skagen au Danemark, basé à Saint-Denis d’Oléron et découvrir la navigation à l’ancienne. S’étonner de la beauté intérieure de ce bateau. Entièrement restauré en 2011, aménagé avec soin aux normes de sécurité actuelle, le bateau de 17,30 m, 40 tonnes et 210 m2 de voilure peut héberger jusqu’à 12 passagers, durant des croisières de 2 à 11 jours avec Jean-François Garenne, capitaine de la Marine Marchande et son matelot-cuisinier. Site web : www.voiletraditionnelle.com


Pour en savoir plus :


Y aller : en train, au départ de Paris-gare Montparnasse jusqu’à Surgères, direct en 3 h. Correspondance par bus. Site web : www.sncf.fr

Se renseigner : Consulter le site web : www.ile-oleron-marennes.com


(Photos : Martine Delaloye).

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