Elche, une dame, un mystère, une palmeraie

le 16/11/2018

Dans la Province d’Alicante cette petite ville, oasis méditerranéenne aux trois sites classés au Patrimoine de l’Unesco a de quoi surprendre entre centre historique, plages sauvages et fêtes insolites. Découverte…




Par Martine Delaloye

La plus grande palmeraie d’Europe, classée au Patrimoine de l’Humanité de l’Unesco…


Sur la Costa Blanca au sud-est de l’Espagne, Elche est une ville méditerranéenne au cœur d’une palmeraie. Au premier abord, le dôme bleu et les tours crénelées, de l’ancienne Mosquée consacrée au culte chrétien, la Basilique Santa Maria, émergeant à peine d’une forêt touffue de palmiers, laissent à penser que l’on se trouve dans un pays arabe. Mais le reste de la ville ne laisse aucune équivoque, si ce n’est la présence de ces milliers de palmiers, quasiment autant que d’habitants d’ailleurs.



Il y en a tant qu’ils forment une palmeraie remarquable classée au Patrimoine de l’Humanité de l’Unesco depuis l’an 2000. Plus de deux cent mille palmiers, sans doute apportés par les Phéniciens, dont les Romains prirent soin ensuite. Mais ce sont les Arabes qui installèrent au VIIIe et IXe siècle un vaste réseau d’irrigation exceptionnel, toujours exploité de façon traditionnelle, qui a préservé ces plantations au cours des siècles.



A Elche, les palmiers s’inscrivent dans la vie de tous les jours des habitants leur apportant des lieux de promenade agréables, un ombrage bienveillant aux heures chaudes jusqu’au cœur historique de la ville. La Place de la Glorietta ne serait pas aussi charmante sans ses allées de palmiers entourant la fontaine bruissante et la sculpture de la Dame de Elche.



Point de convergence des rues commerçantes où se côtoient boutiques désuètes et magasins de fringues branchées, charcuteries aux jambons réputés, restos typiques, bars et terrasses tardivement animés, c’est un lieu de rendez-vous idéal à proximité de la Basilique Santa Maria, de la Tour de la Calahorra, du couvent de la Merced ou du Musée de la Palmeraie.



Plusieurs sites composent la Palmeraie

Le Parc Municipal qui s’étend sur 6 hectares, abrite entre les carrés de palmiers, des vergers de grenades, figues, nèfles, citrons, caroubes… On y apprend que les palmiers femelles produisent les dattes en automne, alors que les palmiers mâles fournissent la matière première des chapeaux, des balais, des toits et des palissades et les palmes du Dimanche des Rameaux. Pour l’occasion, les palmes sont traitées, blanchies, travaillées, tressées et forment des figures très créatives. D’ailleurs, le Dimanche des Rameaux à Rome, ce sont Les palmes blanches d’Elche qui défilent au Vatican. Site web : www.visitelche.com/fr/pagrimonios-de-la-humanidad/



L’Huerto del Cura, le jardin du curé Jose Maria Casano, prêtre d’Elche au XIXe siècle est un des lieux les plus visités. Dans cette propriété privée cohabitent plantes tropicales et plantes méditerranéennes. Un palmier exceptionnel dit le Palmier Impérial, portant ce nom depuis la visite de l’Impératrice Sissi en 1894, sorte de candélabre à 7 branches issu du même tronc, fait figure de star. D’autres palmiers portent les noms des personnages qui ont visité le jardin, Ruan Carlos, la Reine Sofia… La visite se poursuit à travers la Route de la Palmeraie, parcourant les jardins de palmiers traditionnels et le Parc de Palmeres de Filet de Fora ou encore au Musée de la Palmeraie. Site web : www.jardin.huertodelcura.com/fr/


La Dame de Elche, une vieille dame qui a la pêche…


Le buste d’une femme daté du IVe ou du Ve siècle av. J-C découvert sur un site romain est vénéré comme le vestige archéologique le plus important de la culture ibère. On l’appelle La Dame de Elche. Parée d’un énorme collier, la sculpture présente une cavité dans le dos. On suppose qu’elle pouvait faire office d’urne funéraire ou de reliquaire… On sait qu’à l’origine elle était polychrome.



Si l’original est au Musée archéologique national de Madrid, on la retrouve sous toutes ses formes dans la ville. Sorte de gros pot de fleurs sur une place, en sculpture sur une autre, en mosaïque contemporaine ou en taille-crayon dans les boutiques de musée… C’est la célébrité incontournable.



La Basilique Santa Maria, théâtre du Mystère d’Elche, un drame liturgique unique en son genre

Le Mystère de Elche qui attire foule, doit son existence à la consécration de l’ancienne Mosquée au culte chrétien dédiée à la Vierge Marie. Maintes fois remaniée, la Basilique Santa Maria est aujourd’hui un édifice de style baroque où l’élément le plus remarquable est le portail de Nicolas de Bussi aux colossales sculptures.

Tous les ans, lors de l’Assomption, le 14 et le 15 août, la Basilique est le cadre de la Festa, une représentation hors-norme, théâtralisée et chantée de la dormition de la vierge, de son ascension aux cieux et de son couronnement. Une tradition qui se perpétue depuis le milieu du XVe siècle, grâce au Pape Urbain VIII qui donna la permission en 1632, par l’intermédiaire d’une bulle, de continuer à jouer cette pièce, contraire au Concile de Trente qui interdisait les représentations théâtrales dans l’église. Le texte est écrit en Valencien ancien et la musique trouve ses sources à différentes époques, Moyen-Âge, Renaissance et Baroque.


Aujourd’hui, le Misteri d’Elx a perdu de son caractère purement religieux et est perçu comme un évènement culturel, classé Chef-d’œuvre du Patrimoine Oral et Immatériel de l’Humanité de l’Unesco. Curieusement, suite à l’initiative du maire de la ville qui en fit un dogme en 1950, chaque année paire, le spectacle est aussi donné le 1er novembre gratuitement, et les répétitions du 29 et 30 sont payantes. Tout comme les représentations du 14 et 15 août qui sont gratuites et les répétitions générales du 11,12,13 payantes.



Le spectacle du Misteri d’Elx, une mise en scène complexe…


Pour l’occasion, la Basilique est parée de rideaux de velours rouge. Le Banc et l’arrière banc sont conviés. Un chemin bleu-ciel, le Corridor, symbolisant le lien entre le monde terrestre et le monde divin, conduit de l’entrée de l’église jusqu’au cœur occupé par une scène surélevée. Au-dessus, l’immense coupole représente le ciel. C’est de cette voûte céleste que descend l’ange apportant la Palme à Marie d’une hauteur de 35 m. Grâce à une machinerie, le ciel s’ouvre et livre passage à la Magrana, une grenade peinte en rouge qui s’éclate lors de sa descente en huit quartiers révélant un jeune enfant tenant une palme. Tous les personnages sont de sexe masculin, même la vierge est représentée par un jeune garçon.



En scène les anges, la vierge, la Sainte Trinité, les apôtres et les juifs, les chevaliers, au total une cinquantaine de comédiens, autant pour la partie technique, soit une centaine de personnes, toutes bénévoles participent et répètent toute l’année. Pour la plupart, de jeunes enfants qui s’entraînent à chanter avec plus ou moins de talent, à rester parfaitement immobiles, perchés dans les airs, dans une situation bien périlleuse. Jusqu’à 7 personnages se trouvent ensemble en lévitation, tractés dans la voûte.

A la fin, on applaudit autant de peur que de soulagement ! Et de satisfaction bien sûr. Au moment du couronnement, une pluie de paillettes d’or descend du ciel sur la vierge, les cloches sonnent et une procession se met en route à travers la ville.

Certains fans de séries télévisées où tout va très vite, trouvent des longueurs à ce spectacle de 3 h qui se justifiait totalement dans le contexte du XVe siècle où le divertissement pouvait prendre son temps. On peut regretter la présence sur scène de 3 personnes de la société civile, habillées comme à la ville, des notables dont la présence est bien incongrue. Site web : www.misteridelx.com/


Elche, la méditerranéenne…


La ville d’Elche est aussi une ville balnéaire jouxtant Alicante. Toutefois elle s’enorgueillit de posséder 9 km de côte pratiquement vierge bien aménagée où le respect de l’environnement est une priorité. De belles plages sans équipements dérangeants ou constructions envahissantes, juste vouées aux sports nautiques et aux loisirs.



Le Parc Naturel El Hondo, une réserve ornithologique…


A quelques kilomètres, sur les communes d’Elche et de Crevillente, le Parc Naturel El Hondo est une zone marécageuse, classée depuis 1994 comme zone humide d’importance internationale. Approvisionné par l’eau du fleuve Segura, grâce à deux barrages régulateurs, il fournit l’irrigation nécessaire aux cultures de tomates, artichauts, melons…

Le mécanisme hydraulique disparaît sous les roselières, faisant place à une grande lagune, petites mares et prés salés, paradis ornithologique préservé. Près de 172 espèces d’oiseaux, de passage ou qui y ont élu domicile, sont répertoriées, comme la marmaronette (sarcelle) marbrée, un des oiseaux les plus menacés d’Europe, mais aussi des hérons, de petits rapaces, et près de 4000 flamants… L’anguille, le mulet, la carpe foisonnent dans les eaux calmes. Le paysage serein de lavandes sur les zones plus sèches, de jonchaies où prospèrent les salicornes est un lieu d’évasion idéal le week-end en famille. Site web :www.parquesnaturales.gva.es/es/web/pn-el-fondo/el-fondo  



Le Musée Scolaire de Pusol, inscrit pour la Sauvegarde de Patrimoine Culturel Immatériel de l’Unesco

A l’origine, en 1969, l’idée pédagogique était, pour les élèves de la commune rurale de Pusol de rassembler les objets de la vie courante des campagnes du XIXe et XXe siècle pour en préserver la mémoire face à la mécanisation accélérée. Le projet a suscité tant d’enthousiasme de la part des élèves, des habitants de la région, des promoteurs qu’il a pris une importance considérable. Depuis 1992, les 90 000 objets rassemblés, provenant en grande partie de donations, ont permis l’ouverture d’un musée de grand charme, où sont mis en scène, l’épicerie, la droguerie, la mercerie, le cabinet du médecin, l’intérieur d’une ferme, le travail des champs, du vignoble… Aujourd’hui, le Centre de la Culture Traditionnelle Ecole-Musée de Pusol, est un petit bijou à la mémoire du temps passé qui permet de réaliser la rapidité des progrès de la technologie et qui laisse un peu mélancolique. Site web : www.museopusol.com/es

Notre carnet d’adresses :




Hôtel Jardin Milenio****



A une dizaine de minutes du centre de Elche, l’hôtel est niché au cœur d’une palmeraie et d’un jardin où flamboient bougainvilliers et autres plantes exotiques. Piscine et bassins d’eaux apportent leur fraîcheur, sauna et salle de sport offrent des moments de détente. Les chambres sont vastes et confortables. Il y manque cependant quelques installations nécessaires à l’utilisation de nos appareils électroniques. Le chef Manuel Alvarez œuvre à la cuisine du restaurant La Taula. Le riz de légumes, la pyramide de foie gras à la glace à la mangue et le fondant au chocolat, version irrésistible, sont ses spécialités. Sites web : www.hotelmilenio.fr et www.hotelmilenio.fr/restaurant-la-taula



Restaurant Mestizaje



A Elche, le Mestizaje arbore son univers contemporain de bistronomie, fréquenté par des gourmets décontractés et branchés. Le chef Tomas Lopez n’a rien d’un chef traditionnel moulé dans son tee-shirt noir, sa coiffe de corsaire noire aussi et sa barbe de hipster. Sa cuisine est à son image, généreuse, gourmande, simple mais concoctée a avec des produits de très bonne qualité. Jambon ibérique au pain multi graines, tempura d’aubergines, poulpes, calamars aux tomates sèches et espuma de patate douce, crevettes, ceviche de poisson… tout est extrêmement frais et goûteux. Une très bonne adresse à recommander autant pour la qualité de la cuisine que pour l’ambiance sympathique. Site web : www.mestizajeelche.com


Restaurant Cachito


L’histoire du restaurant Cachito dans le Campo de Elche, à quelques kilomètres de Elche, est avant tout une histoire de famille. Fondé en 1935 par Don Ramon Mora et Dona Francisca Sempere, c’est aujourd’hui la quatrième génération qui est aux commandes de ce lieu particulier réunissant une grande épicerie, une boucherie et un restaurant à l’ambiance familiale.

C’est le bon endroit pour apprécier la cuisine traditionnelle de la région, le riz avec du lapin et des serranas, du riz à la croûte légèrement brûlée, une spécialité, les côtelettes d’agneau grillées et le délicieux gâteau aux amandes à la glace à la datte. Le spectacle est en cuisine quand les très grands plats de riz sont préparés sur d’immenses grills où la braise est si chaude que les jeunes cuisinières, filles de la famille, se protègent de l’incandescence sous des casques isolants. Site web : www.restaurantecachito.com



A voir aussi :


Le marché Médiéval, Elche au Moyen-Age, une attraction sympathique où les enfants s’amusent sous les heaumes avec leur épée de bois, où des objets d’artisanat local ou lointain attirent le badaud, où la diseuse de bonne aventure entraîne le client dans son cabinet des mystères, où les clowns sur des échasses produisent leur numéro. Se renseigner :

Pour en savoir plus :


Y aller : Consulter le site web : www.vueling.fr . En cette saison hivernale, mieux vaut se renseigner sur les vols plus rares qu’en été.

Informations touristiques : consulter les sites web : www.spain.info.fr et www.visitelche.com/fr

(Photos : Martine Delaloye).

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