Anne-Marie Marabal et l’archipel des Marquises

le 08/11/2017

Anne-Marie Marabal, guide volcanologue, spécialiste de l’archipel des Marquises, défend le dossier d’inscription de ces îles au Patrimoine Mondial de l’Humanité sur la liste de l'UNESCO. Découverte…



Quel est votre parcours ?


« A 17 ans, j’ai gravi mes premiers volcans dont le Stromboli… »

Issue, du côté maternel, d’une famille d’émigrés polonais venus travailler dans les mines de charbon du Nord de la France, les terrils ont été mon premier terrain d’exploration, mes premières « montagnes noires » comme les volcans... Mais le « virus » de la volcanologie m’est venu grâce à un professeur de sciences naturelles du lycée qui nous avait emmenés sur les volcans siciliens et, à 17 ans, j’ai gravi mes premiers volcans dont le Stromboli. J’ai poursuivi des études de géologie à l’Université de Lille 1, puis un doctorat de volcanologie à l’Université de Paris 11. N’ayant pas pu y trouver de poste de chercheur, j’ai travaillé en tant que géologue dans un laboratoire de police scientifique, puis comme enseignante de Sciences de la Vie et de la Terre. En 2004, vingt ans après avoir soutenu ma thèse, j’ai obtenu un poste à l’IUFM de Polynésie Française et j’ai vécu 5 ans ½ dans le Pacifique. Démissionnaire de l’Éducation Nationale, pour des diverses raisons, j’ai créé « Jardins & Volcans », une entreprise de conseil en voyages scientifiques et culturels, que j’ai fermée en 2013. Depuis, je continue à créer et accompagner des voyages mais en tant que micro entrepreneure, partenaire d’agences de voyages.

Comment avez-vous connu l'archipel des Marquises ?


« J’y suis revenue à plusieurs reprises… »

Un sujet de thèse de 3ème cycle « exotique » m’a été attribué concernant l’évolution volcano-tectonique de l’île de Hiva Oa, aux Marquises. Cette île est habituellement mieux connue du grand public par les deux personnalités qui y ont vécu et y sont enterrées : Paul Gauguin et Jacques Brel. J’y suis revenue à plusieurs reprises, que ce soit pour une mission de cartographie (2006), une mission de conférencière sur le cargo mixte Aranui (2009), avec des clients de mon entreprise (2012) ou encore en tant qu’expert en géologie pour la commission de l’UNESCO (2012). Les Marquises sont un archipel sauvage de toute beauté qui ne laisse pas indifférent, et je retrouve de nombreuses similitudes de relief avec certaines îles de l’archipel de Hawaii que j’adore.


Vous travaillez la demande d'inscription des Marquises sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO...


« Il s’agit là d’un très beau dossier… »

Effectivement, j’ai été choisie pour défendre, depuis 2012, la partie « géologie » du dossier de demande d’inscription des Marquises sur la liste du Patrimoine Mondial de l’Humanité de l’UNESCO. Je travaille avec plusieurs autres collègues géologues/volcanologues spécialistes de ce secteur. Il s’agit là d’un très beau dossier de bien mixte (naturel et culturel) qui mérite d’être défendu. Je coopère également avec Marie-Noëlle et Pierre Ottino-Garanger, un couple d’archéologues/ethnologues également passionnés par ces îles, sur un projet liant la toponymie et la géologie de ces îles. Le dossier « Marquises-UNESCO » n’est pas encore passé en commission mais nous espérons tous que cela ne tardera pas trop, pour que cet archipel exceptionnel et la culture de ses valeureux habitants puissent être reconnus à leur juste valeur.

Vous êtes aussi passionnée par le Vanuatu... Quelle est votre vision du voyage ?


« Je suis en train de finir de rédiger un livre sur cet archipel… »

Outre les archipels de Polynésie française les plus proches, j’ai pu explorer différentes zones géographiques du Pacifique -- Hawaii, Rapa Nui (Île de Pâques), Nouvelle-Zélande et Vanuatu et d’Asie de l’Est (Corée du Sud, Chine, Hong Kong). En 2005, j’ai eu un coup de coeur pour l’archipel volcanique du Vanuatu et pour l’accueil des populations. Voyageant seule, j’ai pu nouer des contacts avec les Ni-Vanuatu et j’ai même été adoptée par une famille sur Aoba (Ambae). Je suis en train de finir de rédiger un livre sur cet archipel et souhaiterais verser des dividendes aux associations locales d’aide pour les nombreuses catastrophes naturelles. Ma vision du voyage se résume en un désir intense d’aller à la rencontre des peuples et découvrir les innombrables splendeurs de notre planète Terre.


Vous concevez des circuits éco-touristiques... sur quelles destinations en particulier ?


« Hawaii, la Polynésie française, la Nouvelle-Zélande… »

Dotée d’une imagination débordante et d’une grande créativité, je me régale en concevant des circuits éco-touristiques et culturels les plus originaux possibles. Faire connaître la géologie d’un pays n’implique pas forcément de courir à l’assaut des volcans actifs de la planète, mais les géosciences permettent de connaître l’histoire de la Terre et les liens avec les peuples qui, soit encourent des risques majeurs (séismes, volcanisme), soit profitent des ressources géologiques. Mes destinations lointaines sont actuellement ancrées sur Hawaii, la Polynésie française, la Nouvelle-Zélande, mais je travaille aussi sur des projets sur Samoa, Tonga, Fidji, et l’Australie. En Asie, ce seront la Corée du Sud, Taïwan et Hong Kong. Pour ce qui est de l’Europe : Espagne, Italie, Portugal, Allemagne, Hongrie, Pologne.

Qui sont vos « clients » ?


« je peux également concevoir des circuits à la demande… »

Mes principaux clients sont des agences de voyages éco-touristiques. Mais, je peux également concevoir des circuits à la demande des associations, des comités d’entreprise ou d’individuels (familles, amis...) qui souhaiteraient visiter un pays de manière originale en alliant géologie, environnement, culture et bien sûr gastronomie, car j’aime connaître et faire connaître la cuisine et les vins (quand c’est possible) de chaque pays que je visite. Ayant acquis le WSET niveau 2 en vins et spiritueux, et avec une expérience en oenotourisme à Saint-Émilion, j’ai décidé de rajouter une facette vitivinicole à mes propositions de circuits, ouvrant sur une clientèle plus éclectique.

Quels sont vos partenaires ?


« l’agence lyonnaise Secret-Planet… »

Je travaille actuellement avec l’agence lyonnaise Secret-Planet qui m’a fait confiance pour la conception et l’accompagnement de ses prochains circuits dans le Pacifique en 2018 : Hawaii, Nouvelle-Zélande et Marquises. J’ai également contacté, pour des circuits plus proches, en Europe, diverses agences locales de ma région d’Occitanie/Pyrénées-Méditerranée. Des associations de randonneurs ainsi que des groupes du Lions Club International, auquel j’ai appartenu il y a quelques temps, font également appel à moi pour organiser des week-ends sur les volcans du Languedoc, d’Auvergne, d’Espagne ou d’ailleurs.


Quels conseils donnez-vous à un voyageur qui souhaite partir sur ces destinations ?


« d’apprendre des rudiments de la langue… »

Tout dépend si l’on souhaite voyager seul ou en groupe. J’apprécie de voyager seule car le contact me semble plus facile avec les populations, mais il est des destinations où il est conseillé de partir en groupes. Hormis la préparation de l’équipement de base et d’un circuit personnalisé, je conseillerais d’apprendre des rudiments de la langue, car rien n’est plus magique que le sourire et le bonheur d’une personne de voir s’exprimer dans sa langue. Il faut aussi se renseigner sur la culture, les traditions du pays, car il est vite aisé de faire des impairs. Connaissant parfaitement l’archipel hawaiien et sa culture, je suis offusquée, comme les Hawaiiens, de voir des hordes de touristes passer sur les zones volcaniques sans respecter leurs terres sacrées. Il en va de même au Vanuatu et bien d’autres zones.

Voyager est-ce pour vous un art de vivre ?


« avant tout, ouvrir grand les yeux… »

Depuis mon enfance, je rêve d’aller prospecter le Monde, d’aller à la rencontre des peuples, et voyager est effectivement pour moi un « art de vivre ». Voyager c’est, avant tout, ouvrir grand les yeux, les oreilles et les narines pour profiter pleinement du voyage et s’émouvoir comme un enfant devant les beautés de ce Monde. Rien ne me fait plus plaisir que de m’imaginer dans ma future destination et de me voir y vivre quelques jours, quelques mois, et, pourquoi pas quelques années, comme un « enfant du pays »... Je suis, et je le revendique, une « citoyenne du Monde ». Ma passion et mon don pour les langues étrangères révèlent mon profond désir de communication.

Comment voyez-vous le voyage de demain ?


« il nous facilitera encore plus les contacts humains… »

Je pense que nous allons pouvoir voyager sans problème, et de plus en plus rapidement, d’un pays à l’autre malgré les restrictions de plus en plus nombreuses et les instabilités politiques de certains pays. Je souhaiterais que le voyage de demain nous facilite encore plus les contacts humains, la connaissance de la culture et de la linguistique, et la préservation de notre fragile, et pourtant si belle, planète, afin que les futures générations puissent également en profiter.


Quels sont vos projets ?


« Je travaille aussi à la rédaction d’ouvrages… »

Je travaille actuellement en priorité au développement de cette activité de conception/accompagnement de circuits éco-touristiques. Parallèlement, je donne des conférences grand public afin de faire découvrir mes destinations favorites ainsi que pour vulgariser les géosciences, et j’espère que cela intéressera davantage de médiathèques et d’associations. Je travaille aussi à la rédaction d’ouvrages : un livre sur le Vanuatu, un autre sur Hawaii, et une petite encyclopédie naturaliste (géologie et oenologie) de la région Occitanie/Pyrénées-Méditerranée...tout un programme ! Mes projets les plus chers seraient, avant tout, de pouvoir reprendre mon sac à dos et continuer à explorer le Monde.

Pour en savoir plus :


Consulter le site web du voyagiste Tamera : www.tamera.fr

(Photos : Anne-Marie Marabal).


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